Crédit photo : Didier Plowy / Tous droits réservés Monumenta 2010, ministère de la Culture et de la Communication

Crédit photo : Didier Plowy / Tous droits réservés Monumenta 2010, ministère de la Culture et de la Communication

Figure phare de la création artistique contemporaine française, Christian Boltanski s’empare de la nef du Grand Palais, à l’occasion de la 3e édition de la Monumenta. Sous la verrière, jusqu’au 21 février, il présente « Personnes », une installation titanesque, forte en émotions.

Le processus créatif de Christian Boltanski est connu. Cet artiste qui a débuté par la peinture avant de l’abandonner en 1967, membre du Narrative Art, s’attache à collecter, agencer, réécrire à partir de l’existant. Les petits objets appartenant à d’autres qu’il se réapproprie évoquent entre ses mains une singularité prise dans l’Histoire. L’artiste touche par son univers sombre porteur de sensations et de questionnements sur l’enfance, la mort, l’humanité et  la mémoire (individuelle, collective, historique).
Certes, à l’occasion de la Monumenta, Boltanski ne se réinvente pas. Mais il se sert à merveille des 13 500 m2 du Grand Palais pour malmener les spectateurs. Car pour lui l’art doit être une expérience. Pénétrer dans « Personnes » est donc un risque. Le risque d’être de sentir ses émotions s’agiter, de se heurter aux autres, à l’histoire, à soi.

UNE OEUVRE SENSORIELLE.
Un immense et haut mur de boîtes métalliques rouillées et numérotées accueille les visiteurs. Il masque le reste de l’installation. Des bruits, d’abord indistincts, parviennent de derrière ce rempart, invitent à le contourner pour les identifier. Telle une frontière, Boltanski invite à quitter notre monde pour plonger dans celui des perceptions, des sensations avec pour guide l’ouïe.
Derrière ce mur, des centaines de vêtements d’hiver répartis dans des rectangles jonchent le sol. Ils occupent les deux ailes du Grand Palais. C’est de là que partent une partie des sons audibles dans l’espace de la nef. Plus qu’une mélodie qui berce, une interpellation sonore. Bruits organiques tels des battements de cœur sur sonorités mécaniques. Des allées permettent de traverser ce cimetière de tissus, de les détailler. En, quelques pas, un constat s’impose. Les cols de ces vestes, manteaux, pulls désignent tous la même direction : le fond de la nef où s’évertue une grue.
Enfin, dernier élément de cette création, une pyramide de vêtements, plutôt légers et aux teintes variées, estivales, érigée au fond de la nef. Une pince géante semble s’amuser ou tuer le temps en saisissant arbitrairement le haut de cet amoncellement. Elle assure ainsi la seule animation de cet ensemble. Les griffes pleines, la voilà qui regagne les hauteurs avant de desserrer son étreinte. Les habits volètent alors en une pluie colorée avant qu’elle n’entame de nouveau son ballet.

Didier Plowy / Tous droits réservés Monumenta 2010, ministère de la Culture et de la Communication

Didier Plowy / Tous droits réservés Monumenta 2010, ministère de la Culture et de la Communication

INSTALLATION SYMBOLIQUE.
Il n’est guère difficile de se laisser happer par ses sensations face à cette spectaculaire installation. Le déséquilibre gagne, les interrogations s’accumulent. Une émotion de l’ordre de la gêne envahit les visiteurs.
Assez rapidement, il semble que le travail de Boltanski a ici directement trait avec un thème qui l’a marqué dès son enfance (il est né en septembre 1944, d’un père d’origine juive) la Shoah. Dans « Personnes » apparaissent les trains de la mort (avec les sons métalliques), la récupération des biens de déportés dans les camps (avec les habits), la mort (avec les boîtes alignées telles des urnes dans un funérarium). La grue ressemble à la main d’un être puissant ou quasi-divin manipulant à sa guise des vies (symbolisées par les vêtements de la pyramide). Un sentiment d’impuissance face à cette machinerie macabre prend les spectateurs au dépourvu.
L’artiste ne fait donc pas dans la demi-mesure. Il souligne la fourberie du destin qui se joue de chacun, la fragilité de l’existence, à la finitude de toute vie, la petitesse de chaque vie aussi, convoque les images tragiques de l’Histoire massées dans la mémoire collective.
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Parcourir la Monumenta n’est pas une promenade de santé, mais une réelle, presque violente, expérience. Une expérience dont il ne faut pas se priver, ne serait-ce que pour poser, un instant, un autre regard sur la vie en s’extirpant de la nef…

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INFORMATIONS PRATIQUES

Didier Plowy / Tous droits réservés Monumenta 2010, ministère de la Culture et de la Communication

Didier Plowy / Tous droits réservés Monumenta 2010, ministère de la Culture et de la Communication

MONUMENTA 2010
Jusqu’au 21 février 2010
Nef du Grand Palais
Avenue Winston Churchill 75008 Paris
www.monumenta.com

Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 19h
le lundi et le mercredi et de 10h à 22h, du jeudi au dimanche.
Plein tarif : 4€, réduit : 2€

Boltanski propose également au Mac/Val une suite à l’installation « Personnes », intitulée « Après« .
MAC/VAL
Jusqu’au 28 mars 2010
Place de la Libération
94 400 Vitry-sur- Seine
Tous les jours sauf le lundi de 12h à 19h
Tarifs: 5€, réduit : 2,50€

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ENVIE DE DECOUVRIR DAVANTAGE LE TRAVAIL DE BOLTANSKI ?
Le centre Pompidou propose (certes aux enseignants, mais pourquoi s’en priver) un dossier pédagogique en ligne pour préparer une visite au Musée. Une première très bonne approche : http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-boltanski/ENS-boltanski.htm

Anne-Laure Bovéron

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