Terrence Malick ne conte pas une histoire, il offre l’histoire de la vie.
Nous découvrons un couple effondré par la mort d’un fils. Pourquoi? On ne le saura pas. Là n’est pas l’importance, ce qui compte ici, c’est la vie. Sa vie. Leur vie.
Son frère aîné, (Sean Penn), bien plus tard, se rappelle. Une rétrospective sur leur enfance, entremêlée d’une réflexion sur celle de la Terre. Étoiles, volcans bouillonnants et organismes naissant se succèdent; images sublimes défilant sous nos yeux. La mère chuchotant en voix-off (on retrouve ici le procédé fétiche de Malick). Le temps s’étire et semble parfois long… On regrette que cette séquence tourne en documentaire biologique.
En réalité, la nature, omniprésente dans ses œuvres, est même le thème du film. Comment est-elle née? Pourquoi la vie? Et Dieu? Que fait-il, de là-haut? «Look, it’s God’s home» dit la mère à son fils montrant le Ciel du doigt. Revenant à intervalles réguliers, une flamme. Qu’est-ce? Peut-être le fils mort, ou l’âme de chacun d’entre eux, ou Dieu lui-même.
Le cinéaste, abreuvé des pensées de Kierkegaard et Heidegger, fait germer en nous réflexions existentialistes et spirituelles.

On peut différencier deux parties. La première est décrite précédemment. La deuxième concernerait l’enfance de ces enfants. Les trois frères sont élevés, dans les années 50, par un père dur, se révélant pourtant aimant (Brad Pitt), et une mère tendre, parfois soumise. En effet c’est également la vision de l’amour qui nous est offerte. De quelle façon deux époux peuvent-ils s’aimer, en cette décennie des fifties ? L’ordre et l’éducation préconisent une soumission totale de la femme, qui doit encore respect et obéissance à son mari. Les enfants, de même. Ne pas parler à table, ne pas se montrer arrogant. L’enfant se tait. Si le film n’a rien de commun, le quotidien des enfants est tout ce qu’il y a de plus normal. Des bêtises, ils en font. Casser des vitres, accrocher une grenouille à une fusée. Se disputer avec ses parents. Subir des déceptions. Voler, pour se faire peur. Apprendre la vie, apprendre à se battre.
Et se retrouver face à la mort.

Cette non-histoire culmine au Paradis, ou ce qu’il en paraît. L’aîné, adulte, y retrouve sa famille. Une centaine de personnes errent sur une plage, ensoleillée par un soleil qui ne va pas tarder à se coucher. Les O’Brien en sont. Le temps et la cohérence n’ont pas leur place en ce lieu. Jack est là, petit et grand. Tous s’embrassent, rient, se réconcilient. Réconciliation familiale, réconciliation avec la vie.
Enfin, la fin du monde, le soleil n’est plus qu’une naine blanche. La vie est née, la vie est morte.

On sort perplexe. Les images sont à couper le souffle, certes. Elles prennent beaucoup plus d’importance que les dialogues, assez rares. Malgré les trop récurrents allers et retours dans le temps, perturbants, le talent cinématographique de Malick est époustouflant dans ce film, même explosant! La Palme d’Or est méritée. Le but est sans aucun doute atteint: inspirer une réflexion au spectateur. A lui de s’interroger sur la vie. Beaucoup de questions, donc.

Joséphine Simonian

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