Pour débuter en beauté cette rentrée littéraire 2011, muze vous propose quelques critiques. Vous en retrouverez dans le numéro d’automne (disponible le 15 septembre), mais aussi, ici, sur le blog. Petite sélection parmi les 654 parutions annoncées.

 

Valentine Goby, écrivain français de 37 ans, lauréate de la fondation Hachette, a publié depuis 2002 une dizaine de romans et autant d’ouvrages pour la jeunesse. Elle a reçu de nombreux prix (Prix du premier roman de l’université d’Artois, le Prix Palissy et le Prix René Fallet). Après Qui touche à mon corps je le tue et Des corps en silence, elle poursuit son exploration du délitement. Avec Banquises, elle met en parallèle non pas deux parcours de vie, mais le désenchantement de la nature et le bouleversement de la vie de Lisa.

1982, Sarah s’envole, à 22 ans, pour le Groenland. Elle quitte enfin une longue période de repli sur elle-même et de rejet du monde qui inquiétait les siens. De ce voyage, la jeune femme ne reviendra pas, ouvrant dès lors une béance dans le quotidien de sa famille. Ses parents, orphelins de leur aînée, en oublie la benjamine, Lisa, qui tente à la fois d’affronter la douleur de la perte et d’assumer son désir, son droit à vivre, à devenir.
Ce n’est que 27 ans plus tard, qu’un impérieux besoin pousse Lisa vers la calotte glacière. Elle veut voir ce que sa sœur a vu et, peut-être, éclaircir le mystère de sa disparition. Elle cherche à avant tout sa propre place entre ses parents et le vide laissé par Sarah. Mais en 30 ans, la banquise s’est effritée. Elle disparaît et avec elle, les éventuelles traces de Sarah. Au Groenland, Lisa rencontre aussi un peuple désemparé face aux dégâts du réchauffement climatique, un paysage privé de rêve où la neige n’est pas une étendue scintillante mais une mélasse collante. L’heure est à l’évanouissement. Dans la confrontation de ces deux perditions et face au vide qui « écrase tout », Lisa attend, enquête, vibre, conclut.

Le génie et la beauté de l’écriture de Valentine Goby réside dans sa capacité à, non pas comparer, mais placer en écho des univers mis à mal, sans perdre de vue leur singularité. D’une phrase, elle dresse des ambiances, donne corps à des émotions, à des frissons. Son écriture enveloppe et tranche, creuse et éclaire. La psychologie des personnes est, comme à l’accoutumé, d’une finesse rare, délectable. Banquises est aussi un sublime roman sur la disparition du monde, un regard sur ce que bientôt, nous ne verrons plus.

Extrait :
« Vingt-sept ans d’absence. Vingt-sept anniversaires qui ont pris le dessus, année après année, sur le jour de naissance : ils n’ont plus compté l’âge écoulé de Sarah mais mesuré l’attente. Vingt-sept ans, donc. Depuis longtemps Lisa déserte le rituel du 11 juillet, le repas maigre chez ses parents avec lumignon sous la photo de sa sœur. Désertion, c’est exactement ça, jeune femme elle a pensé je sèche, maintenant elle ne craint pas les mots et, en effet, elle quitte le front, elle ne lutte plus que dans le cercle étroit de sa propre famille, nucléaire, et tout de suite ça la protège du reste du monde. »

Banquises, de Valentine Goby, éditions Albin Michel, 246 pages, 18€

Anne-Laure Bovéron, journaliste

 

 

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