On regrette seulement d’être dans la fiction. Fausta K. est de ces personnages que l’on souhaiterait réels. L’artiste s’incarne dans le roman de Pierre Cendors. On sait tout d’elle, mais il nous manque le plus important : la sympathie avec ses photographies. On referme le roman avec l’envie de voir à travers ses yeux.

La carrière de Fausta Kinsel (1898-1996), comme se plaît à le mentionner les extraits du catalogue d’exposition, tout aussi fictif que la photographe qui entrecoupe le récit, est marquée par le sceau du drame de son enfance : son ami intime, son compagnon de jeu et de rêve, Houdini, sort brutalement de sa vie après un accident. Cette disparition n’est pas un tour de passe-passe destiné à amuser les enfants qu’ils sont, n’en déplaise à son maître spirituel, le magicien Houdini. Dès les premières lignes, le mystère baigne le roman. Fausta K. et Houdini donnent à imaginer. Dépouillés de l’inconsistant et du banal, elle se présente dans son identité la plus épurée et lui sous un nom qui sonne en pseudonyme.

Handicapé, l’enfant Houdini vit reclus, sans contact avec le monde, à l’exception d’un échange épistolaire qu’il entretient avec Fausta. Hantée par les souvenirs et le visage de l’ami, Fausta K. entame une carrière de photographe, talentueuse dans l’avant-garde berlinoise. De rencontres en amitiés, Fausta K. se construit. Mais l’absence, obstinément, la ronge. Alors que le vide se fait encore plus profond, et au hasard de ses promenades dans Berlin, Fausta K. découvre le tableau d’un certain Engel. Tour à tour désabusée puis abusée, Fausta K. s’égare et se cherche dans ce labyrinthe.

N’en déplaise au lecteur pressé, il faut se perdre et douter avec Fausta K. Cendors tisse une trame de policier sur un ton poétique. L’intrigue s’accélère au fil des pages pour finir en esquisse, laissant libre court à l’imagination et aux visions artistiques. La quête commence devant la toile d’Engel : sur les pas du mystérieux peintre, Fausta K. traverse les principaux bouleversements du XXe siècle et poursuit sa propre introspection qui la conduira à son réel. Car c’est dans l’Art que se rejoignent Passé et Présent, et que le Futur se dessine.

Pierre Cendors, Engeland, Edition finitude, mai 2010, 224 pages, 17€

Aurélie Mezbourian,
retrouvez l’auteure de ce billet sur son blog : E-litt

 

A noter : les éditions Finitude ont proposé une bande-annonce pour la parution de ce roman.
Réalisation: Mickaël de Backer, musique, Lost in Heaven, avec Eva Cendors, d’après une idée de l’auteur.

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