Nous inaugurons aujourd’hui une nouvelle catégorie d’articles : « dans les coulisses de Muze ». Vous y trouverez les papiers qui ont subi en partie ou en totalité, faute de place, les foudres de la coupe. Pour commencer, un bonus apparenté au dossier « délices et supplices de l’amitié » (muze, numéro de l’automne 2011). Bonne lecture !

 

A l’automne 2010, l’observatoire des réseaux sociaux de l’Ifop annonçait que 78% des internautes étaient membres d’au moins un réseau social. Facebook, Twitter, Windows Live, Copains d’avant l’offre est vaste, les inscriptions souvent multiples et les utilisations diverses. Les amis se comptent par centaines, sans que les relations soient toujours d’actualité ou fondées sur un réel sentiment. Les écrivains n’échappent pas à la tendance. Bien des noms de la littérature contemporaine possèdent un compte personnel ou une fan page. L’occasion de communiquer avec les lecteurs, d’annoncer les prochaines parutions, les séances de dédicaces et de retrouver leurs confrères écrivains. En théorie, chaque fan peut devenir l’ami de la plume aimée. Mais quand est-il de ces relations dites amicales ? Est-ce un prolongement d’une rencontre ? Un moyen pour faire un premier pas ? Un simple moyen de communication ? Six romancières, amies de Muze sur Facebook, ont accepté d’évoquer leur relation à ce support.
.

Léonora Miano
« Je n’ai pas de relations avec d’autres écrivains sur Facebook. Nous sommes tous « amis » les uns des autres, mais ce n’est pas vraiment là que nous communiquons. Facebook m’a permis de faire la connaissance d’artistes, mais ceci reste limité. »
Actu : Blues pour Elise, éditions Plon

Lola Lafon
« Mes premiers pas sur Facebook relevaient de l’échappatoire. « De ça je me console » venait de sortir, je voulais réécrire, ne savais plus écrire, mais comment écrire. Très vite, c’est devenu une perte de temps agréable (au moins autant que faire le ménage à fond pour ne pas me confronter à un début de roman). Puis, les « statuts » d’une fille écrivaine également m’ont intriguée et nous avons commencé à nous répondre. Deux semaines après, on s’est donné rendez vous devant un café. Je ne pense pas avoir lié d’autres amitiés que celle-là. Mais, tout au long de l’écriture de « Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce », les mails de lecteurs/trices m’ont soutenue, leur attente, cette confiance. Certaines de mes lectrices me sont devenues très proches, « chatter » démystifie la distance entretenue avec l’auteur sempiternellement derrière sa table de dédicaces. Et je trouve ça bien. Etre « pour » ou « contre » Facebook m’échappe, c’est un outil, j’en profite aussi pour faire passer des articles qui trouvent peu d’échos dans la presse mainstream. »
Actu : Nous sommes des oiseaux dans la tempête qui s’annonce, éditions Flammarion. (Coup de coeur de la rédaction !)

Stéphanie Hochet
« Dès que je me suis inscrite sur les réseaux sociaux internet du type Facebook, je me suis mise en relation avec d’autres auteurs. Ceux que je connaissais dans un premier temps qui étaient déjà des amis au sens véritable comme Carole Zalberg ou Martin Page, ceux que je ne connaissais que de loin comme Tatiana de Rosnay etc. Puis, des écrivains dont je n’avais jamais entendu parler sont venus vers moi. Une complicité est parfois née, et même des amitiés solides comme avec Claudio Morandini et Giovanni Merloni, deux italiens qui lisent mes livres en français, mais dont je ne peux hélas pas lire l’œuvre qui n’existe qu’en italien pour l’instant. En septembre dernier, j’ai rencontré Claudio Morandini qui était venu visiter Paris. Nous nous connaissions si bien par nos mails que la discussion a repris avec le même naturel que par écrit.En 2007, j’ai eu l’occasion de rencontrer Tatiana de Rosnay lors d’une réception, je pense que je ne serais pas allée lui parler si nous n’avions pas un peu discuté sur la toile auparavant. »
Actu : Stéphanie Hochet participe au Dictionnaire des séries télévisées (voir papier « Friends & Co » dans la revue), éditions Philippe Rey

Valérie Tong Cuong
« Beaucoup de lecteurs ont pris contact avec moi grâce à Facebook. J’aime beaucoup ces échanges. Certains sont d’ailleurs devenus des amis hors internet. »
Actu : La battle, éditions du Moteur.
L’ouvrage est en cours d’adaptation cinématographique, (coproduction Les Editions du Moteur et Mercredi Film).

Brigitte Kernel
« Je suis venue sur Facebook suite à la demande de lectrices qu’ont créée le groupe « Fais-Moi Oublier », titre de mon dernier roman. Les commentaires continuent depuis déjà un an. Pour moi, c’est une surprise incroyable ! Et un magnifique moment de vie que ce partage via le virtuel autour d’un objet réel, mon roman. J’ai trouvé sur cette page que je consulte chaque jour, une belle motivation et une reconnaissance inattendue de mon travail. Je n’avais pas pensé au départ écrire une suite mais il y a eu une telle demande que je me suis mise naturellement à écrire la suite de ce livre. J’ai trouvé les critiques de certaines lectrices si justes que je leur ai répondu en privé. Avec certaines le lien est devenue réalité grâce aux salons du livre et aux signatures organisées dans différentes villes. Ce qui a été étrange, c’est que les discussions qui avaient eu lieu sur Facebook à propos de telle ou telle situation, telle ou telle scène du livre, ont repris de plus belle dans le réel. Je sais aussi que certaines lectrices se sont rencontrées grâce à ce groupe et que de véritables amitiés se sont nouées. »
Actu : Le prochain roman de Brigitte Kernel, sur le thème de la reconstruction amoureuse, paraîtra début 2012 aux éditions Flammarion.

Emmanuelle de Boysson
« La tendance à l’auto promotion sur Facebook m’agace. J’aime les écrivains, les éditeurs (Gilles Cohen Solal par exemple) qui s’amusent, découvrent des talents, parlent de littérature. Je suis très sensible aux encouragements de mes lecteurs. Mon livre sur l’amitié homme femme a suscité des débats passionnés. Ils m’échappaient. Tout comme ces milliers d’amis inconnus qui m’angoissent. »
Actu : Le salon d’Emilie, éditions Flammarion.

Propos recueillis par Anne-Laure Bovéron

L’ouverture du dossier « délices et supplices de l’amitié ».

Crédit photo : Olivier Culmann / Tendance Floue

Follow

Get every new post on this blog delivered to your Inbox.

Join other followers: