La peau que j’habite? Quel titre mystérieux…

Almodovar renoue avec Antonio Banderas! Mais le bel acteur n’est pas là pour jouer les latin lover. Tout épanchement de sentiments est banni, ceux-ci doivent se recroqueviller au plus profond de lui-même et il lui faut recouvrir le masque du Docteur Ledgard, personnage impénétrable et obsessionnel. Lequel, peu à peu, se dévoile…

Notre chirurgien plastique émérite s’est chargé d’une mission, mettre au point une peau beaucoup plus résistante à toute sorte d’attaque. Comme… le feu. Feu qui a détruit sa femme, et ainsi l’on comprend son obsession. Mais jusqu’où celle-ci peut-elle le mener? La folie de la perfection le fera-t-elle aller au-delà de l’éthique, ou même de la bio-éthique?

La maison est le théâtre du film. Des tableaux de nus, égarés de-ci de-là… Rarement l’on s’en échappe. Ledgard ne la quitte que pour ses conférences et s’empresse d’y revenir. Une tâche l’y attend. Sa domestique semble tenue d’y rester également, plutôt motivée par un principe moral que par une réelle obligation. Une femme est tenue enfermée dans une pièce de la maison. Nulle violence, nul délaissement. Véra. Elle est le cobaye, le juguete de Robert. Personnage ambigüe, elle est tantôt auto-destructrice; tantôt aimante. L’âme et le corps ne coïncident pas.

Elle est habitée d’une dualité intérieure.

Vera,cela fait plusieurs années que même de sa chambre elle ne peut sortir. Les murs sont recouverts d’écritures à l’encre noire, aboutissement d’années de captivité. Seul moyen peut-être de laisser éclater tourments et désirs…

Après nous avoir plongé et perdu dans cet univers troublant, Almodovar nous guide dans les souvenirs des protagonistes. Ainsi l’on remonte le fil.

Les folles expériences de Ledgard prennent tout leur sens. L’homme est habité par une douleur incommensurable.

Le passé de Vera éclate au grand jour.

…Et le génie se laisse submerger par sa création.

Almodovar reste fidèle à son univers dans ce nouveau long-métrage angoissant, et frôlant le malsain par moments. Les plans sont mathématiquement splendides, certaines images calculées et artistiques.

Esprits fragiles s’abstenir. Assoiffés de passion, foncez!

Joséphine Simonian

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