En ce début d’année, l’auteur compositeur interprète Da Silva sort son quatrième album : La distance. Un album exigeant et racé, percutant et ciselé.

Les trois premiers albums de Da Silva l’ont révélé au public. Ils se sont distingués par leurs arrangements folk, organiques, leurs ambiances acoustiques, la qualité des textes, le timbre de voix un rien éraillé du chanteur. Le style Da Silva est depuis immédiatement reconnaissable. Ses titres, tels L’indécision (2005, album Décembre en été), Au moment des amours (2007, album De beaux jours à venir) ou encore Le carnaval (2009, album La tendresse des fous) ont imprimé sa marque et sa plume dans la chanson française contemporaine.

Mais avec La distance, Da Silva signe une évolution. Une évolution multiple, sur le fond et la forme. Renouveau dans la manière de travailler, de composer et d’écrire. Exit les textes griffonnés sur la route, dans le tour bus entre deux concerts. Il a pris le temps d’achever une chanson avant d’attaquer la suivante. Il interprète aussi ses titres différemment, son chant taquine parfois le parlé. Les récits des onze morceaux du dernier CD s’éloignent en partie des déceptions sentimentales, du tête à tête amoureux pour embrasser des préoccupations sociétales et politiques plus vastes encore que sur son précédent album. Dans ce disque errent de nouveaux fantômes, ceux de nos rues, ceux de l’appartement d’à côté (Le repas, Le jeu). Les dégâts collatéraux de la crise apparaissent en filigrane dans l’endettement d’une famille, dans la fatigue d’un homme qui travaille trop et ne voit plus les siens… Une évolution musicale ensuite puisque ses inimitables accords de guitare s’évaporent au profit d’arrangements plus synthétiques, de tonalités électro (Les stations balnéaires, La distance), d’une pop plus enlevée (Les premiers) et d’une batterie, d’un piano plus présents (Les concessions). Un désir de renaissance, de liberté qui a rimé enfin avec prise de risque. Da Silva a quitté la maison de disque Tôt ou tard, pour gagner le label indépendant Pias. Sur son blog, l’artiste explique : « J’avais envie de connaître le vertige d’une nouvelle histoire : un peu de peur, d’excitation, une mise en danger, une nouvelle équipe et enfin, recommencer ; comme un jeune premier. »

Néanmoins, Da Silva n’a rien perdu de son intensité, de sa créativité ni de sa mélancolique poésie. Sa maîtrise des mots, sa capacité en redessiner les lignes de fuite font de La distance un disque aux paroles engagées et aux ritournelles efficaces. Les histoires contées baignent dans une apparente imprécision, mais cache un lexique précis, acéré qui font naître des images détaillée d’un chaos quotidien ou intérieur. Elles marchent sur les arrêtes des sentiments humains les plus tranchants (Les concessions), les plus légers aussi (La crise), sur les traces de l’intime . Da Silva déroule le fil des vies qui oscillent entre la rupture, la blessure et la lumière. En se concentrant sur l’humain, en abordant pudiquement les chutes intimes que chacun vit et tait (L’escalier, La distance, Le bâtiment, Le petit tambour), sa sensibilité et son acuité explosent. La chanson La fin du mois feront réagir les amoureux d’Olivier Adam, et plus particulièrement les passionnés de son roman Des vents contraires, tant les échos de ces deux disparitions sont nombreux (et fortuits).

Incontestablement, Da Silva sort des sentiers battus dans le panorama de la chanson française. Sa personnalité artistique marquée, sa conception de la musique et son écriture percutante affirment son univers. L’album prend son envol et gagne en profondeur à chaque écoute. Les trois années d’attente n’auront donc pas été vaines : ce nouvel opus enivre.

La distance, 11 titres

Sortie le 09 janvier 2012

Label : Pias

Sur Deezer, un douzième titre est proposé en exclusivité : La dernière personne.

En tournée dès la fin janvier.

Le site web de Da Silva (actualités, dates de tournée, blog alimenté par l’artiste, vidéos, newsletter) :

http://www.dasilvaofficiel.com/

Les pages officielles Facebook et Twitter.

© Photo : Richard Dumas.

Anne-Laure Bovéron, Muze.

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