L’oiseau, un film d’Yves Caumon avec Sandrine Kiberlain, Clément Sibony, Bruno Todeschini…
Sortie le 25 janvier 2012.

Anne est tel un petit animal sauvage, apeuré, traumatisé. Imprévisible. Elle vit seule dans sa grande maison bordelaise toujours un peu sombre, pas très bien rangée. Ou plutôt, elle y survit.
Son travail, ranger les produits d’une cuisine de restaurant. C’est, avouons-le, d’un ennui terrible. Qui semble cependant lui convenir. Le jeune cuisiner en pince pour elle. Vous déjeunez avec nous? Je vous emmène dîner? Montez sur ma moto! Il pourrait la sortir de cet engouement dans lequel elle s’est enfoncée, par sa vision d’une vie dans laquelle on doit communiquer avec le monde! Mais elle refuse. Elle semble vouloir se morfondre dans cette existence congelée, retirée de la société. Elle se suffit à elle-même. Parler même est superflu. Pourquoi faire? Ce qui ne l’empêche pas de montrer son sacré répondant lorsqu’elle ouvre la bouche! Mais finalement, malgré elle presque, elle va se retrouver au croisement de relations.
Elle, va en provoquer une. Un homme assis sur la même rangée qu’elle au cinéma, devant La vie d’O’Haru. Tous deux pleurent. Elle a rencontré quelqu’un comme elle, qui partage ses émotions. Cela lui suffit. Un être esseulé au cinéma. Sortie de la salle, elle le suit, ne sachant pas très bien ce qu’elle veut. Il l’entraîne dans un bar de seconde zone. Ils sont tels les deux errants à Tokyo de Lost in Translation. Se connaissant à peine, ennuyés et désoeuvrés, mais se sentant attirés. Dans une douce ambiance lente et reposante. Il est son «amant d’une soirée».
Des bruits chez elle résonnent pendant plusieurs jours. Jusqu’à ce qu’elle se décide à frapper d’un bon coup de massue sur son mur, à bout, et curieuse. En sort un oiseau. Moment de conte, de féérie! Son seul ami, ou ce qui en est le plus proche, est un être muet. Elle en fait une rencontre atypique, pour une relation éphémère. Pas de paroles entre eux. Juste une relation de dépendance. L’oiseau a besoin d’elle pour vivre. Et elle semble avoir besoin de lui, présence vivante auprès d’elle. Tout comme le chat de Holly dans Diamants sur canapé. Il est venu vers elle, et elle l’a accepté. Puis rejeté, délibérément. Les deux héroïnes vivent un bouleversement dans leur vie et l’animal est de trop. Anne est entraînée par les réminiscences du passé. Occulte pour le spectateur, certaines pistes lui sont cependant fournies. A lui d’imaginer…
Si l’histoire se passe en ville, la nature est partout. Dans la pluie et le brouillard qui tombent. Dans les fleurs sur le rebord de la fenêtre de la Mère Michelle qui hurle son chat comme une poissonnière. Dans l’ameublement rustique de la maison. Dans l’excursion à la campagne. Dans la plongée dans le petit cours d’eau.
L’Oiseau est finalement un doux film. Lent mais pas long. Qui amène des émotions comme l’eau porte le courant. Un portait en pointillé que chacun doit compléter. Très joli, très émouvant. A voir définitivement dès sa sortie en salle le 25 janvier!
Car le Pop-Corn l’a vu en avant-première le 6 janvier à Bordeaux! Les potins vont bon train dans la salle de l’Utopia: Yves Caumon le réalisateur a reçu le coup de fil de Sandrine Kiberlain lui annonçant très enthousiasmée qu’elle acceptait le rôle un matin alors qu’il se brossait les dents. Elle était tout de même très inquiète: aurait-elle une maquilleuse? Une costumière? Maquilleuse, certainement. Costumière…oui, en la personne de Sandrine elle-même! La première chose qu’elle s’est alors empressée de faire: trouver les chaussures. C’est ce qui fait le personnage!
La petite équipe a tourné très simplement dans les rues de la ville, «vulnérable», c’est ce qui faisait sa force. Et celle du film!

Joséphine Simonian

 

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