Dans le Muze de cet hiver (en librairie jusqu’au 14 mars), vous avez pu lire un dossier consacré à la maternité. Voici deux suggestions de lectures supplémentaires de deux jeunes romanciers : Alma Brami, C’est pour ton bien et Harold Cobert, Dieu surfe au Pays Basque.

Dans son quatrième roman, Alma Brami, 26 ans, narre l’histoire de Lily. L’adolescente grandit dans une famille religieuse et conservatrice. Contrainte au quotidien par son éducation, elle ignore beaucoup de la vie. Aussi, quand elle rencontre l’amour à 17 ans, elle s’y abandonne, ensorcelée et naïve. Et, elle tombe enceinte. Un drame pour ses parents qui décident de dissimuler sa grossesse aux yeux de tous et la cloître au grenier. Quand Lily choisit de garder l’enfant qu’elle porte, ses parents l’installent dans un appartement, loin d’eux. Ils subsistent financièrement à ses besoins sans jamais venir la voir, sans rencontrer leur petite fille. Lily élève donc sa petite Charlotte sans père ni grands-parents ni tante. Elle s’applique à prendre le contre-pied de ce qu’elle a connu en matière de règles, de lois, d’interdictions.
Dans ce roman, trois générations de femmes apparaissent : de la grand-mère à la petite-fille. Toutes les trois sont oppressées par ce qu’elles ont vécu, vivent et espèrent. Lily se réfugie dans son rôle de mère, du haut de ses onze ans Charlotte inverse les rôles en veillant sur sa mère et en taisant ses douleurs et la grand-mère se débat entre son instinct de mère et la rigidité de son mari. Au fil de leur histoire se pose la question de la maternité bien sûr, de l’éducation, de l’incompréhension entre les générations, entre mère et enfant, des actes manqués et des erreurs maternelles bienveillantes… Au-delà de la révolte première de Lily, il s’agit aussi ici de sa quête d’identité, de sa maturité acquise en même temps que sa fille grandit. Un roman troublant dans lequel Alma Brami manie avec brio les nuances des sentiments et les facettes de la maternité.

Extrait : « Les parents n’avaient pas réagi à l’annonce du prénom. C’était déjà le drame que Lily veuille le garder, mais en plus qu’elle le nomme.  S’ils avaient pu éviter de connaître le sexe, ils auraient préféré. Peur de s’attacher peut-être, de se laisser convaincre. »


Alma Brami, C’est pour ton bien
aux éditions Mercure de France
200 pages, 15€
En librairie depuis le 02 février 2012

 

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Quatrième roman aussi pour l’écrivain bordelais, Harold Cobert, dont le précédent roman L’entrevue de Saint-Cloud a reçu le prix du style en 2010. L’auteur aborde la maternité du point de vue du père. Une maternité qui ne va pas de soi pour l’épouse du narrateur. Le couple affronte la blessure d’une fausse-couche.
Le narrateur sort à peine d’une folle passion qu’il l’a meurtri. Il décide donc de laisser libre court à ses envies de fête, d’ivresse, d’amours sans lendemain le temps d’un été. Elle s’offre quelques jours de repos loin de Paris et de son agence de publicité. Ils se rencontrent sur la côte basque et tombent immédiatement amoureux. Ils ont 15 ans. Mais de retour à Paris, mariés, ils sont confrontés à l’injustice sans coupable : la jeune femme enceinte d’à peine trois mois perd l’enfant qu’elle porte. Sept ans auparavant, avec un autre homme, elle avait subi la disparition du petit Ferdinand, décédé à cinq jours. Le couple tente de faire face à ce nouveau drame. Le narrateur, dévasté, se surpasse pour épaulé son épouse et, une fois seul, insulte le ciel. Il contemple sa femme avec admiration : dans la douleur, elle se tient droite.
Le récit alterne les époques : les éclats d’une rencontre dans le cadre enchanteur de Biarritz, la vie de Ferdinand et les heures d’angoisse, de douleurs du couple. Par ce procédé narratif, Harold Cobert tient l’équilibre juste entre la beauté et les coups du destin, entre la légèreté des amours naissantes et la profondeur de l’épreuve.  Il évoque avec force et pudeur, le combat que certaines femmes doivent mener pour devenir mère, les interrogations d’un homme qui découvre cet autre aspect de la vie des femmes. Du point de vue de cet homme, le récit prend une réelle puissance. L’émotion est intense, la colère se partage avec les personnages principaux et l’espoir s’amplifie à leur contact. Un roman profondément touchant et une ode à cette femme, cette mère.

Extrait : « Il y a dans ses traits quelque chose de tragique qui me bouleverse, une ombre évanescente, comme une suite de mots fragilement tracés sur le sable, et pourtant ineffaçable – la perte d’un enfant. »


Harold Cobert, Dieu surfe au Pays basque
aux éditions Héloïse d’Ormesson
160 pages, 15€
En librairie le 08 mars 2012

Anne-Laure Bovéron, Muze

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