Cloclo de Florent Emilio Siri, en salles depuis le 14 mars.

Des les premières images, c’est Magnolia for ever qui me revient, qui envahit mon âme et mon corps. Des les premières images  Magnolia for ever et sa rythmique disco qui bat deux fois plus vite que le cœur ! Comme une envie de me lever, et de danser dans la salle du MK2 Quai de Loire. Comme une envie de me déhancher, de bouger mon corps, tandis qu’une grande chaleur se diffuse dans mon torse. Des les premières images,  ce destin hors du commun d’intensité nous happe, une vie à cent à l’heure, attachez vos ceintures !
Certains critiquent la performance d’acteur de Jérémie Renier, incroyable de ressemblance, autant critiquer Claude François. Si cette performance dérange, c’est surement par sa fidélité à ce que fut cet homme-spectacle, cet exceptionnel chanteur-danseur. Dansez sa vie aurait pu être son credo. Mais pas n’importe quelle danse ! Il y a chez cet homme un degré d’exigence, de perfection et de contrôle qui évoque les qualités du danseur de ballet. Une perfection qui le tuera d’une façon si anodine, si dérisoire, un faux contact dans une ampoule. Claude François n’a pas supporté cette lumière qui vacille…
La folle et perpétuelle envie d’être reconnu par son père  hante Claude François,  le réalisateur Emilio Florent Siri sait le mettre en évidence. Sur ce point, le film montre l’importance de la chanson Comme d’habitude, sortie en 1967,  qui devient My Way dans la voix de Frank Sinatra en 1969, l’année des trente ans de Claude François. Lorsque Claude François entend pour la première fois sa chanson dans la voix de Frank Sinatra,  il visualise le fier sourire de son père, mort depuis 1961.  Il se revoit enfant dans une sorte de jardin d’Eden, il est en train de vivre et d’entendre son accomplissement : la mort peut venir.
Nous sommes en mars 1969, il reste 9 ans de vie à Claude François, 9 ans entre le My Way de Sinatra et sa propre interprétation de cette reprise au prestigieux Royal Albert Hall de Londres, anti-chambre de l’Amérique,  le 16 janvier 1978, deux mois avant de mourir.
Viennent les années disco qui cristallisent les contradictions de l’homme. Même si pour lui, ce sont des années de succès-paillettes, le spectateur assiste aussi succès progressif de la mort qui marque de très près le chanteur tout au long des années 70. Le film met clairement en évidence l’arrivée de la mort par la tonalité mortifère des dernières année de Claude François.
Florent Emilio Siri filme fort bien ces excès qui vont le tuer : trop de femmes, trop de groupies, trop de concerts-performances, trop d’argent et de dépenses, trop de diversification, trop de trop ! Il filme aussi la transformation physique. Malgré son obsession pour l’image, le soin qu’il apporte à son apparence, on voit clairement la fatigue et l’éternelle solitude prendre le dessus sur le visage de Claude François, l’ange blond, le jeune prodige venu d’Egypte. On comprend sur son visage que la mort est présente bien avant qu’elle finisse par l’emporter. Mais au delà de la qualité de ce biopic,  il faut reconnaître un vrai talent au réalisateur pour filmer les concerts de Claude François,  dont il restitue si bien la mise en scène rythmée, le public en délire et le chanteur qui danse, tournoie, s’effondre et plonge dans cette foule en transe.
Au delà de la vie de Claude François, ce film nous montre la puissance sacrée, la force spirituelle qui se dégage des concerts. On assiste à une célébration, à une messe primitive, la foule entre en transe au contact et au rythme du chaman, du chaman Claude François. Merci Emilio Florent Siri de nous montrer aussi cela.

La bande annonce

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Christophe Marmorat
Écrit au Café Beaubourg le 19 mars 2012 en écoutant en boucle Magnolia for ever
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