Jusqu’au 18 juin, à Paris, le Centre Pompidou expose des œuvres de Matisse, dans un processus ingénieux de confrontation en paires ou en séries, retraçant 50 ans de la mélodie picturale de l’artiste, du pointillisme au collage.

Matisse (1869 – 1954) est dans l’instant présent, dans l’appréhension immédiate et globale de ce qui l’entoure. Nuls essais ratés, nulles vocalises, dans ces variations. Jamais dans l’imitation, il part à la recherche du signe dans une création permanente, comme s’il avait voulu explorer tous les possibles qui s’offraient à lui.

Illustrant parfaitement le propos de cette exposition, les vues du 19 Quai Saint Michel, où il habitait un temps, offrent des variations incroyables. On pourra s’émerveiller devant la double Vue de Notre Dame : la première toile, aux touches impressionnistes, rend compte d’une certaine complétude de la captation du lieu, pleine d’audace dans sa saisie du réel. Sa réponse dans la deuxième toile opère une abstraction radicale, comme un saut vers l’inconnu, que le bleu aérien symbolise. Notre-Dame est alors stylisée et comme en lévitation dans ce monochrome bleu, comme un bloc de cristal, une icône sacrée.

C’est à travers de telles pièces que l’on voit que l’espace figuré par Matisse est moins celui d’une réalité urbaine scrupuleuse que celui d’une spiritualité aux aspects magiques. La paire au bocal aux poissons rouges montre que Matisse se projette mentalement dans les événements extérieurs. Le tableau fonctionne comme un bocal, c’est-dire comme un lieu de vie clos entièrement transparent. Matisse montre par là la circulation sans entrave, la synthèse harmonieuse entre intérieur et extérieur. L’eau de la Seine semble se déverser dans l’eau du bocal, la plante verte sur la table s’étire par la fenêtre, dans un continuum naturel et un bouleversement spatial interne. Puis, dans le tableau correspondant, l’œil caméra du peintre produit un zoom en avant, le bocal concentre la lumière et le monde en son sein dans la pénombre environnante. Ce noir lumière  se retrouve dans plusieurs toiles et permet de construire et de déconstruire l’espace cloisonné pour en faire un état unifié d’échange et de transvasement.

Il y a chez Matisse une quête de liberté qui nous émeut. Entre abstraction et figuration, espace clos et ouvert, se met en place un jeu sur les catégories spatiales qui induit une certaine musicalité, d’où peut-être le signe du violon qui se trouve dans une autre paire incroyable.  A travers de tels signes mobiles, c’est le fluide de l’inspiration qui circule de toile en toile et nous traverse, nous aussi, au plus profond.

Informations pratiques :
Matisse,
jusqu’au 18 juin 2012
au Centre Georges Pomidou, Paris
11h à 21h (fermeture des caisses à 20h). Nocturne le jeudi jusqu’à 23h.
www.centrepompidou.fr


Matisse, paires et séries – du 7 mars au 18 juin… par centrepompidou

Julia Delbourg, Muze
© Henri Matisse – Intérieur au bocal de poissons rouges – 1914
Huile sur toile, 147cm x 97cm, Centre Pompidou (MNAM), Paris

 

Follow

Get every new post on this blog delivered to your Inbox.

Join other followers: