Jusqu’au 19 septembre, la Pinacothèque de Paris nous fait découvrir les pièces incroyables de Jonas Netter, collectionneur de la première moitié du 20e siècle. De Suzanne Valadon à Isaac Antcher, en passant par Utrillo, Kisling, Modigliani ou Soutine, l’exposition nous plonge au cœur du Paris artistique de ces années au génie bouillonnant et à la destinée parfois tragique.

 

Entre le Bateau Lavoir et la Ruche, lieux de vie des artistes, souffle un vent de liberté et de renouveau créatif sur la génération des peintres du début du XXe siècle. De Montmartre à Montparnasse, le besoin de sortir des normes académiques et d’exprimer sa nature profonde rejaillit sur les toiles. Parmi ceux qui ont véritablement su donner crédit à cette audace artistique, Jonas Netter, mécène amoureux d’art, aussi fantomatique que passionné. S’associant au marchand d’art Zborowski, il achetait frénétiquement, au coup de cœur, par dizaines. Il avait véritablement foi dans le génie de ces avant-gardistes qu’il découvrait et prenait sous son aile. Netter aimait l’absoluité de ces peintres : il comprenait leur refus du compromis. Une misère précaire face à une verve artistique, telle était la dualité de ces artistes bohèmes.

Netter plus qu’un mécène était un père. Il garde en vie ses protégés voyous car il croit en leur génie. Répondant à l’appel de détresse d’Utrillo, il prend à sa charge son séjour à l’asile ; il entretient Modigliani en lui donnant 500 francs par mois contre l’exclusivité de sa production ; il s’acquitte des dettes de Soutine pour le dissuader du suicide…

               

Mais, malgré le dénuement, jamais les artistes n’abandonnent leurs pinceaux : c’est là que réside chaque souffle de vie. Maladie, misère, folie, alcool, le couteau sous la gorge est créateur, tout nourrit leur inspiration. Ce qui ressort de toile en toile c’est qu’il faut peindre pour survivre. Il y a quelque chose de tragique dans l’œuvre de ces « peintres maudits ».

Il s’élève une certaine poésie mélancolique des paysages urbains d’Utrillo. Les ciels blancs aussi lumineux que bouchés sur l’avenir témoignent d’un étouffement de la vie autant que d’une quête d’évasion. Les icones atemporelles des portraits de Modigliani affichent un air languissant. De la grâce dans ces visages allongés, de l’angoisse dans ces yeux vitreux, dénués de pupille et d’une inquiétante impassibilité. Les peintres sont las de l’existence, mais l’atonie n’est jamais montrée comme telle. Ils peignent la démesure (que l’on admire les cous disproportionnés des effigies de Modigliani !). La déformation violente des figures de Soutine, le décharnement des corps ou la courbe labyrinthique de ses paysages témoignent d’un univers tourmenté.  Ses tableaux ignorent la ligne droite, ils épousent les velléités de son existence chaotique…

C’est une âme passionnée qui émane de cette collection, une sensibilité exacerbée chez ces artistes, nomades de leurs propres œuvres, vagabonds de leur propre vie. On sort troublé de ce parcours à travers une peinture de l’extrême, transcendant l’accablement pour rejoindre quelque chose de presque mystique.

Informations pratiques :
La Collection Jonas Netter – Modigliani, Soutine et l’Aventure de Montparnasse
du 4 avril 2012 au 9 septembre 2012
Plus d’informations sur l’exposition : cliquez ici

Pinacothèque de Paris • Les Collections
8, rue Vignon
75008 Paris
www.pinacotheque.com

Tous les jours, de 10h30 à 18h30, fermeture de la billetterie à 17h45
Le 1er mai, le 14 juillet, le 25 décembre et le 1er janvier, ouverture de 14h à 18h30
Fermeture de la billetterie à 17h45
Tous les mercredis et les vendredis jusqu’à 21h
Fermeture de la billetterie à 20h15

Moïse Kisling, Portrait de Jonas Netter, 1920, huile sur toile, 116 x 81 cm (Collection privée)
Modigliani – Portrait Jeanne Hebuterne profil (1918)
Soutine – L’homme au chapeau (1919)

Julia Delbourg, Muze

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