Présenté en sélection officielle de la 65e édition du Festival de Cannes, « De rouille et d’os » fait déjà beaucoup parler de lui. Son réalisateur, Jacques Audiard, a reçu en 2009 le Grand Prix du Jury pour son film « Un Prophète ». Proposant un cinéma qu’il qualifie lui-même d’expressionniste, il ne laisse pas indifférent. Cette fois encore, il a puisé l’inspiration dans la littérature. Le recueil de nouvelles de Craig Davidson, « Un goût de rouille et d’os » (éditions Albin Michel) lui a servi de base.

Stéphanie (Marion Cotillard) est une femme à fort caractère. Dresseuse d’orques au célèbre Marineland d’Antibes, elle aime séduire et se tenir à distance une fois l’effet escompté survenu. Mais si elle rencontre Ali (Matthias Schoenaerts) c’est parce que, vigile dans une boîte de nuit tout juste débarqué du Nord, hébergé avec son petit garçon par sa sœur, il lui vient en aide lors d’une bagarre. Délicat, il lui laisse son numéro mais ne s’attendait sans doute pas à un appel. D’autant plus que l’accident qu’a subi Stéphanie depuis leur rencontre a fait grand bruit dans les médias. Il sait qu’elle vient de perdre ses deux jambes dans un accident au Marineland. Un peu bourru, un peu trop abimé aussi peut-être, il ne la regarde pas comme une personne traumatisée, pas comme une personne handicapée. Et c’est peut-être de là que vient l’attachement de Stéphanie. Avec Ali, elle redécouvre le plaisir des bains de mer, les aventures un peu dangereuses qui donnent le sentiment d’être vivant et la simplicité d’un thé. Mais Ali a aussi une histoire. Un passé qu’il tait mais qui le mène à la fuite et au combat.

« De rouille et d’os » s’impose par sa maîtrise, sa sobriété, son authenticité, par la poésie brute de ses images et sa touche profondément lumineuse. Il n’est pas difficile non plus d’en faire une lecture politique. Audiard dévoile savamment les combats de ceux que la société broie, de ceux qui doivent lutter pour devenir les héros de leur propre vie, sans plus la subir ni lutter pour survivre. Cette dénonciation, comme les sentiments, s’inscrivent en douceur, au fil d’images et de dialogues mesurés. L’absence de gratuité, la dimension précieuse de la narration, puisqu’épurée, font la force du film. Les deux acteurs principaux rendent vivants et vrais leur personnage avec une impressionnante palette d’émotions, de nuances et encore une fois, de mesure. l’émotion est là, mais sans prendre en otage le spectateur.
Récompensé ou non à Cannes, voilà un film à ne pas rater, évidemment.

Bande-annonce « De rouille et d’os », déjà en salles.

Anne-Laure Bovéron, Muze

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