Il ne fait pas bon être différent dans une petite ville des Etats Unis où tout le monde juge et condamne. Et pour cause, le jeune Terri (Jacob Wysocki), en plus d’être un adolescent en surpoids, attire les regards en ayant pour unique tenue son pyjama, ce qui rend son exclusion irrémédiable au sein de la jungle lycéenne. Mais si la situation initiale nous fait craindre le pire des clichés, Terri nous surprend et nous mène vers un processus de reconnaissance authentique et émouvant.
Lorsque le proviseur-adjoint du lycée, M. Fitzgerald (John C. Reilly), qui s’est pris d’affection pour ce jeune homme atypique, lui demande pourquoi il ne quitte jamais ses pyjamas (il en possède un pour toutes les occasions même pour l’enterrement de la vieille secrétaire), Terri répond avec une simplicité désarmante : « Parce qu’ils sont confortables ». Puisqu’il est déjà dans la catégorie des parias du lycée, autant faire de sa différence un confort, rendre la vie douillette… comme un pyjama. Le film nous montre qu’il faut s’accommoder de ce que la vie nous donne et en tirer profit. Comment trouver une place adéquate dans le monde, comment gagner l’affection d’autrui ? Terri est seul, d’abord. Il préfère ignorer les moqueries au lycée et vit avec son oncle atteint d’Alzheimer qui ne le reconnaît que lors de ses rares éclairs de lucidité. Mais bientôt naît en lui un besoin de reconnaissance et d’amour.
Exercer un pouvoir sur ce qui nous entoure, c’est une première façon d’exister. Terri veut cesser d’être étranger au monde ce qui passe par un certain sadisme. Sur des souris, par exemple que Terri prend plaisir à tuer en posant des pièges dans la nature après avoir exterminé toutes celles qui se trouvaient dans le grenier de son oncle. Pourtant, Terri n’est pas l’archétype de l’ado obèse qui détruit pour se défouler et manifester sa haine enfouie : il cherche à s’affirmer comme sujet. La destruction est le premier stade d’une marche vers la reconnaissance, elle montre un désir de puissance. Mais toujours avec douceur et légèreté. Jacob Wysocki irradie l’écran par sa force tranquille, sa grâce incertaine et son expressivité minimaliste nous troublent.
Dans ce film, les personnages sont des éclopés de la vie : chacun ressent le besoin d’être désiré. C’est là qu’il faut rendre grâce à la virtuosité de Azazel Jacobs qui orchestre d’une main de maître le parcours initiatique de Terri et les autres dans un monde qui standardise sans cesse, qui écrase les individus. Le masochisme du jeune Chad (Bridger Zadina) qui s’arrache les cheveux, ou la faiblesse de la jolie Heather (Olivia Crocicchia) qui se laisse caresser en cours, montrent une intériorisation du malaise que créent les conventions.
De l’homogénéisation de la société surgit le besoin de recréer de la différence. C’est alors que le film s’envole admirablement, en s’intéressant à ces marginaux qui veulent retrouver une identité primaire, un rapport immédiat et authentique à soi. Une scène, par exemple, celle de la soirée arrosée chez l’oncle de Terri, manifeste concrètement, chez les trois adolescents, le désir de vivre l’instant, de n’être plus dans la réflexion et la haine de sa différence. Alcool, médicaments, émotions, tout se mélange dans l’ivresse délicieuse de cette scène parfaite, où l’expérience amoureuse, certes avortée, laisse un goût d’absolu et d’enchantement.

Terri,
Un film d’Azazel Jacobs
En salles le 08 août 2012

Bande-annonce

Terri – Bande annonce vost par CineMovies.fr

Julia Delbourg, Muze

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