Le passé glorieux est mort et l’avenir obscur ne donne pas vraiment envie de vivre. Mal du siècle, dégoût de vivre et éternelles désillusions sont au cœur de l’adaptation de la réalisatrice Sylvie Verheyde, fidèle au texte de Musset, qui nous offre l’itinéraire revisité façon pop-rock d’Octave, jeune romantique qui se débat dans un monde désacralisé où la violence et la souffrance sont masquées par l’oubli temporaire de la débauche.

« En quoi crois-tu ? – En rien ». Réplique symptomatique au début du film du jeune Octave, désabusé, qui vient de surprendre sa maîtresse au lit avec un autre.  Face à ce « monde en ruines », vers quoi se tourner alors ?
Peut-être vers un amour plus sain et rédempteur avec Brigitte, jeune veuve pieuse à l’existence provinciale austère ; mais cette romance n’a – hélas !- pas grand intérêt dans le film, sans doute à cause du manque d’alchimie émotionnelle entre Pete Doherty et Charlotte Gainsbourg. Point de débordements amoureux ni de sensualité exaltée, on tombe presque dans la mièvrerie alors qu’au contraire, le reste du film témoigne bien de la violence, de la brutalité qui régnait alors chez les jeunes gens en mal de vivre, grâce à un cadrage chahuté adéquat qui fait écho à la turbulence des cœurs.
Il faut admettre en revanche que la transposition du héros romantique torturé vers la figure moderne du poète-dandy incarnée par Doherty s’avère tout à fait pertinente. Digne légataire de cet esprit malade caractéristique, il fait le lien tout naturellement avec la génération actuelle qui peut se retrouver dans l’impression d’un horizon sombre et d’un assourdissement de l’espoir.

Octave dit dans une très belle réplique, non sans un certain écœurement,  que l’effervescence dans laquelle l’homme évolue n’est pas la vie, mais n’est que « le bruit de la vie ». C’est peut-être pour cela que les moments forts du film sont silencieux, comme mis en sourdine, lorsque le jeune homme se détache de l’agitation de la foule des salons parisiens à l’orientalisme très bien reproduit par une photographie impeccable. Les pauses sonores montrent remarquablement le sentiment de stérilité qui envahit les esprits de la jeune génération désenchantée de ce siècle. Mais c’est surtout loin du monde bruissant des vanités humaines que le film prend son envol lorsque la musique relaie les mots (il faut avouer qu’en anglais, la langue de Musset perd de son charme) pour sublimer l’image dans des moments suspendus où ce muscadin gracile traverse l’écran avec sa canne et son chapeau haut-de-forme, vagabondant à travers une nature apaisée dont la contemplation adoucit les mœurs.
On goûte alors pleinement ce qui fait la plus grande force de ce film : l’anachronisme exquis de ces scènes en costumes d’époque accompagnées de l’excellente B.O électro-pop du groupe Nousdeux the band qui berce la mélancolie du personnage, son asthénie résignée et l’impossibilité définitive d’être heureux.

Confession d’un enfant du siècle,
De Sylvie Verheyde (d’après l’oeuvre d’Alfred de Musset)
Avec Pete Doherty, Charlotte Gainsbourg.
Sortie le 29 Août 2012

La bande-annonce

Julia Delbourg, Muze

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