Nous inaugurons aujourd’hui une nouvelle rubrique d’articles : « Initiatives de femmes ». Vous y trouverez des portraits et des interviews de femmes qui se mobilisent, imaginent, créent dans le domaine de la culture. Première interview : Jessica Nelson, co-fondatrice et éditrice des éditions des Saints Pères.

Cet été, une nouvelle maison d’édition est née. Dirigées par deux amoureux d’objets littéraires rares, les éditions des Saints Pères ont la particularité de publier les manuscrits d’auteurs contemporains.
La première plume de la maison est Amélie Nothomb avec Hygiène de l’assassin, avec son premier roman paru le 10 septembre 1992. Elle  a fêté hier ses vingt ans de littérature. Elle est connue pour n’avoir jamais utilisé d’ordinateur et pour écrire chaque matin de 4h à 8h, à la main, dans des cahiers de brouillons. Elle qui se décrit comme une graphomane dévoile aujourd’hui sa graphie. L’édition des Saints-Pères, limitée, numérotée, et augmentée d’un autoportrait réalisé pour l’occasion, est une porte ouverte sur l’intimité de l’acte d’écriture. Dans son coffret fabriqué à la main, au toucher très agréable, cette version d’Hygiène de l’assassin ressemble à un bijou. On peut lire ou relire le roman, car la graphie d’Amélie Nothomb s’avère très lisible. On peut aussi, page après page, prendre le temps de se glisser dans les courbes des mots. Le travail de reproduction est si fin que l’on peut sentir les mouvements de plume.
Les fondateurs des éditions des Saints Pères annoncent que leur collection inédite rassemblera les manuscrits de dix auteurs vivants, ayant particulièrement marqué notre époque. En 2013, Jean d’Ormesson, de l’Académie Française, révélera les méandres de son écriture.

muze : D’où vous vient le désir de publier des manuscrits ?
J. N. : Mon ami de longue date (nous nous sommes rencontrés pendant les années Sciences Po, au début des années 2000, rue des
Saints Pères ! ) et moi, avions été très touchés par l’expo de la BNF Brouillons d’écrivains, consacrée aux manuscrits. Nous avons eu envie, à notre petite échelle, de faire le pari de revaloriser le travail de l’écriture à la main (particulièrement touchante et pleine d’émotions), dans cette ère un peu froide du tout numérique qui est la nôtre. De redonner au livre sa dimension d’objet précieux, aussi, à travers les choix esthétiques que nous avons fait (nous avons par exemple imaginé le coffret, aux enluminures frappées au fer à dorer, comme un écrin).

muze : Votre premier manuscrit est Hygiène de l’assassin d’Amélie Nothomb. Sur quels critères vous basez-vous pour choisir les auteurs de votre maison d’édition ?
J. N. : Nous voulons publier des manuscrits d’auteurs marquants de notre époque. Une sorte de Pléiade « à la main » ! Nous rêvions de lancer cette collection avec Amélie Nothomb, que nous aimons beaucoup. Nous avons eu de la chance, l’idée lui a plu tout de suite !

muze : Qu’est-ce que l’écriture manuscrite dit-elle, selon vous, de son auteur ?
J. N. : Il faudrait peut-être poser la question aux analystes graphologiques… Je ne sais pas ce qu’ils pourraient trouver dans le manuscrit d’Amélie Nothomb qu’elle n’aurait pas déjà exprimé dans ses romans ! Son écriture, en tous cas, est incroyablement assurée, maîtrisée, fluide. Plus généralement, ce qui nous semble passionnant, dans l’écriture manuscrite, c’est qu’elle nous permet d’entrevoir le rapport charnel de l’écrivain à sa matière. On peut y lire des doutes, du labeur, des idées qui changent, une fantaisie inattendue…

muze : Face à la progression du livre numérique, souhaitiez-vous revaloriser le travail d’écriture, de la main, du temps, la densité de l’acte de lire ?
J. N. : Oui, absolument. Le livre numérique va énormément progresser dans les années à venir, et il deviendra même le support principal d’ici quelques années. Nous qui aimons les livres, nous voulons prendre le contre-pied de cette tendance. Publier des manuscrits s’inscrit pour nous dans cette démarche, tout autant que de nous appliquer à faire fabriquer de beaux objets. Chaque coffret est entièrement assemblé à la main, et les machines qui servent à incruster les dorures datent de l’entre-deux-guerres…

muze : Techniquement, comment procédez-vous pour imprimer un manuscrit ?
J. N. : La qualité de retranscription était pour nous quelque chose de très important. Notre objectif étant de donner l’impression qu’Amélie Nothomb avait écrit chacun des 1000 exemplaires. Pour cela, nous avons utilisé une technologie très haute définition et un traitement particulier de l’image, mais je ne peux pas tout révéler (Rires).


Le petit plus :
Sur le site de la maison d’édition, vous pouvez découvrir un extrait du manuscrit d’Hygiène de l’assassin.

Informations pratiques :
Première publication Hygiène de l’assassin d’Amélie Nothomb, disponible depuis le 10 septembre 2012.
Site des Saints Pères : www.lessaintsperes.fr
Facebook des SaintsPères
Twitter des Saints Pères

 

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