Jusqu’au 10 février 2013, le Musée Maillol consacre une admirable exposition à l’œuvre vénitienne de Canaletto  (1697-1768), qui reproduisit magistralement le réel tout en l’interprétant et le recréant sans cesse, faisant se côtoyer dans ses tableaux le grandiose et le trivial avec subtilité.

L’approche méthodique et technique du processus artistique du peintre mise en œuvre dans cette exposition, sous l’œil averti d’un comité scientifique, n’altère en rien le plaisir de nos yeux, ébahis devant la virtuosité de cette réalité magnifiée, comme suspendue hors du temps. La reproduction de la chambre optique du peintre, grande boîte fermée de rideaux noirs qui lui permettait d’immobiliser par le dessin un point de vue grâce à un dispositif de lentille convergente,  nous plonge au cœur de sa création de façon ludique. Le peintre prenait tout sur le vif, emportant son engin avec lui partout dans la ville, lors de ses  promenades d’inspiration. En feuilletant virtuellement le carnet de croquis de Canaletto mis à disposition, on accède à la matière première, instantanée, de son œuvre, à ses remarques visuelles et aux esquisses de certains motifs, parfaitement reflétés. Devant ces vues de Venise on a l’impression d’une ville idéale, comme immatérielle. Mais cette somptuosité glacée est pourtant baignée d’une lumière presque palpable tant les touches éclatantes et naturelles sont subtiles.

S’il ne se séparait jamais de sa camera obscura, les toiles de Canaletto ne sont pas pour autant le fruit d’un simple calque : Canaletto cherche l’illusion optique, défie l’objectivité de sa machine. Il prend des libertés, distord la réalité et réorganise les éléments, redresse les lignes de perspective pour arriver à une harmonie parfaite. Fils d’un peintre de décors de théâtre, Canaletto n’était pas étranger au domaine de la scénographie. Ainsi, il agence et met en scène les personnages de ses tableaux dans un tohu-bohu réfléchi et organisé. Du pittoresque de ces figurines du théâtre quotidien émane une volonté chez Canaletto de capturer l’instant présent, d’arrêter le temps, avant le déclin de la Sérénissime auquel il assistait déjà à l’époque.

On s’émerveille donc devant l’accord maîtrisé du sentiment de pérennité des édifices et de la vivacité des scènes qui habitent les toiles. Un passant qui s’exonère aux pieds du Rialto, un chien qui gambade joyeusement sur la place St Marc, un embouteillage de gondoles sur la lagune, une tenture mal retroussée à la fenêtre du palais des Doges, le spectacle de la vie dans cet univers imperméable au temps est captivant.

 

Canaletto à Venise
Du 19 septembre 2012 au 10 février 2013 au Musée Maillol
61 Rue de Grenelle  75007 Paris
Horaires d’ouverture : 10h30 à 19h00
Nocturne le vendredi jusqu’à 21h30
www.museemaillol.com

Julia Delbourg, Muze
Première œuvre : El rio dei mendicanti (détail)
Deuxième œuvre : La Scala dei Giganti

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