Enjoy ou comment devenir l’ami virtuel de Charles Valérien

 

Une langue riche, un style qui court et danse, avec élégance, entre modernité et classicisme, pour parler de choses vues d’une certaine jeunesse d’aujourd’hui. Voila comme j’ai rapidement gouté Enjoy, ce premier roman de Solange Bied-Charreton, en voila la saveur première.
On peut recevoir ce livre sous un angle sociologique : le témoignage, le journal, fictif mais crédible, d’un jeune homme de bonne famille parisienne nous racontant son indépendance, ses débuts de jeune adulte. Le parti pris de l’auteur, qui braque le projecteur sur le quotidien du héros, hypnotise le lecteur, l’amène à concentrer son attention sur une dimension : la vacuité, une certaine banalité dans la vie de Charles Valérien. Banalité qui nous le rend familier ou étranger, c’est selon. Mais, en rouvrant les yeux, en prenant du recul, peut-on vraiment s’apitoyer sur ce petit jeune homme riche et ses déboires monotones ?
Ce n’est pas uniquement l’élégant Stephanie Says de The Veltvet Underground, dont une citation ouvre le livre, que j’entends en fond sonore, mais aussi Claude François dans une version légèrement plus virile de sa pauvre petite fille riche.
Mais à mon sens l’auteur nous invite d’abord à vivre une expérience singulière : devenir l’ami virtuel de Charles Valérien.
Le style et le propos de Solange Bied-Charreton invitent le lecteur à devenir le complice-confident, mais aussi le voyeur de la vie de Charles Valérien. Tous les ingrédients sont réunis pour transformer le lecteur en « friend », en « ami » à la mode des réseaux sociaux : Le héros partage avec nous sa vie quotidienne de jeune consultant, sa vie amicale et familiale, mais aussi, et surtout, comment il la dépose chaque semaine sur « ShowYou », jolie synthèse de Facebook et de Youtube !
Où l’on nous montre une certaine modernité schizophrénique qui pousse l’individu à se dédoubler en permanence, à être l’acteur et le metteur en scène de sa vie, où le contenu de l’existence, où le scénario de vie, est dicté par la nécessité de la rendre attrayante pour un partage virtuel.
Ainsi Charles Valérien devient notre « friend », notre « ami virtuel » le temps de la lecture. Et pour certaines lectrices, voire lecteurs,  ce sera peut-être même : adopteunmec.com
Au final, j’ai vécu la lecture de ce livre comme un bel exercice de maîtrise de la gourmandise : J’ai eu envie de le dévorer en un jour, mais de fait, j’ai eu envie que cette envie se prolonge le plus longtemps possible…pour une durée raisonnable ! A mon tour de vous inviter à cette gourmandise et à tenter l’expérience : devenir l’ami virtuel d’un héros de roman.
Crédit photo : Francesca Montovani
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