studio-théâtre-muze1

Un soir, un jeune homme, X, pénètre par effraction dans un appartement pour y voler de l’argent. Un homme rentre et, dans la nuit de la scène, une lutte étrange se fait entendre, se devine, se fantasme. Cet autre qui lui fait face est muet et vit dans l’obscurité. En s’introduisant dans un territoire qui n’est pas le sien, X se trouve confronté à un mur sonore et visuel qui chamboule ses certitudes et remet en cause ses intentions. La pièce prend alors une autre tournure et se déplace de la représentation d’un fait divers banal vers un terrain plus métaphysique. Dans cet ailleurs vertigineux, cette pénombre épaisse, un rai de lumière concentré pour unique repère, la moindre information devient essentielle. Les sens s’aiguisent, nous guettons les ombres qui se meuvent convulsivement.
« Braquer » et « déposséder » le spectateur, comme le dit le metteur en scène Christian Benedetti, est une manière de le questionner en l’amenant sur un terrain scénique inhabituel. Nous voici donc, nous aussi déterritorialisés, cherchant à tâtons un sens à ce monologue décousu, aux répliques elliptiques et pour le moins énigmatiques, brillamment interprété par le jeune Benjamin Jungers. Le texte de Bond est irreprésentable, il se savoure à l’aveugle, Christian Benedetti, l’a compris. Dans ce chaos assumé par le dramaturge et le metteur en scène, X se révèle alors comme l’inconnue d’une équation insolvable, celle du langage qu’il manie avec une liberté déroutante, celle de la vie moderne dans laquelle il n’arrive pas à se faire une place… et celle du théâtre de Bond qui représente l’humanité dans tous ses paradoxes et ses contradictions irréductibles.

Existence, d’Edward Bond
Mise en scène Christian Benedetti
Jusqu’au 28 avril 2013
Au Studio Théâtre (Comédie Française, Paris)

Julia Delbourg, Muze

Follow

Get every new post on this blog delivered to your Inbox.

Join other followers: