la vie domestique muze

Juliette (Emmanuelle Devos) a abandonné son métier de professeur pour élever ses enfants. Depuis huit mois, elle a, avec sa famille, emménagé dans un pavillon tranquille, blotti au cœur d’une rue calme bordée par un parc. Habiter plus près du travail de son mari, offrir un jardin à ses enfants étaient les motivations premières de ce déménagement en banlieue parisienne… Comme toutes les femmes au foyer, ses journées sont bien remplies, d’autant que comme lui rétorquent certains, elle a « pour s’occuper » de nombreuses activités en lien avec la littérature qu’elle enseignait (critique, animatrice d’un atelier…). Elle ne semble pourtant guère épanouie, bien peu satisfaite de cette vie.

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La vie domestique
est une radiographie de l’ennui des pavillons de banlieue , des désappointements d’une mère, des déceptions d’une femme qui a connu l’ailleurs et l’émerveillement.
Libre adaptation d’Arlington Park de Rachel Cusk (éditions de l’Olivier), le film déroule vingt quatre heures de la vie de cette femme. Il n’y a ici pas de crises, pas de cris, pas de rebondissements effarants comme dans la série américaine Desperate Housewives que l’on serait tenté de prime abord de rapprocher du long métrage. Juliette constate, reproche d’un mot, se tait beaucoup et consume ses déceptions dans une cigarette nocturne rituelle. Oui, ici tout s’écoule paisiblement sur fond de pelouses lisses, d’intérieurs (presque tous) impeccables et dans l’angoisse des « choses à faire » auxquelles Juliette pense dès le réveil. Certaines scènes suggèrent d’ailleurs très bien la pesanteur de cette routine dorée.
A l’instar des quelques voisines qu’elle côtoie, Juliette est une femme libre emmurée dans son quotidien. L’échappatoire se fera peut-être à quelques kilomètres de chez elle, dans le bureau d’une maison d’édition. En effet, Juliette espère reprendre une activité professionnelle à temps complet. Et les maris dans tout cela ? Ils sont absents, distraits, débordés, un rien égoïste et se réjouissent d’un bon vin et d’enfants baignés.
Le film n’est certes pas révolutionnaire, mais il fonctionne. Les dialogues, bien sentis et plus vrai que le jeu des acteurs, déclenchent les rires dans la salle. Des rires féminins, surtout. Des rires qui désapprouvent, qui s’offusquent, qui rejettent cette condition. L’ensemble manque certes d’un peu de nuances, mais le tout est réaliste. Isabelle Czajka filme le vide qui peuple l’existence de ces femmes désœuvrées alors que toujours préoccupées. Il y a une part de fatalisme dans La vie domestique. Il y a aussi une part d’affirmation dans le refus sans effusion qu’oppose Juliette à une simple demande de son époux. D’une nuit à l’autre, l’heure de la révolte contre sa vie domestiquée par le désenchantement a-t-elle sonné ?

La vie domestique d’Isabelle Czajka
avec Emmanuelle Devos, Julie Ferrier, Natacha Régnier, Helena Noguerra, Laurent Poitrenaux
Bande-annonce : cliquez ici

Anne-Laure Bovéron, muze

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