vivian maier photograph

Son histoire est aussi incroyable que ses images. Vivian Maier (1926 – 2009) était nounou aux USA. Une nourrice tour à tour enchanteresse, joyeuse, aventureuse ou sadique, méchante. Elle a enchanté le quotidien de la plupart des enfants qu’elle a gardé en les entraînant des aventures inoubliables : elle ne sortait jamais sans son appareil photo et ne ratait pas une occasion d’immortaliser, de sonder par l’image quartiers malfamés et lieux improbables.

Undated, New York, NY

Undated, New York, NY

Où a-t-elle appris la photographie ? La gestion de la lumière, le cadrage, le sens du tragique et de l’humour qui pimente ses images, ce regard attentif à l’humain qui transparaît dans ses clichés ? Personne ne le sait. Vivian Maier est un mystère. Un mystère qu’elle a volontairement entretenu en brouillant les pistes de son histoire, de ses origines, refusant régulièrement de décliner son état civil.
Jamais les familles qu’elle a côtoyées de part son métier ne l’ont interrogé sur ce qu’elle faisait de toutes ses images. Elle n’en parlait pas davantage, et fixait sur la porte des chambres qu’elle habitait un temps un cadenas. Employeurs et enfants connaissaient l’interdiction formelle. Ses excentricités restaient, la plupart du temps, amusantes. Elle dissimulait tout, amassait et conservait tout. Nourrice célibataire, sans enfant, sans famille, née à New-York et élevée par une mère française, elle n’a rien dévoile à de sa personnalité. Elle tenait à sa liberté, à toutes les formes de sa liberté.
Ceux qui ont vécu et grandi à ses côtés, sa seule amie, ont tous une image différente d’elle. Vivian Maier est, aujourd’hui encore, insaisissable. Mais qu’importe puisqu’on son travail est là. Se pose ici l’éternelle question : la personnalité d’un artiste fait-elle son art ou son art est-il indépendant de sa personnalité ? Quels sont les liens, les dialogues ? Comment les travers psychologiques de cette femme ont-ils influencé, orienté, développé son oeil ? L’ont-ils fait seulement ? Peut-on savoir qui était Vivian Maier en observant ses clichés ? Est-ce indispensable de connaître son profil psychologique et son passé pour apprécier son oeuvre ? Les hypothèses sont nombreuses… Toujours est-il que sans l’agent immobilier John Maloof, ces questions n’auraient même pas exité, puisque sans lui l’art de Vivian Maier serait sans doute resté inconnu.

1954, New York, NY

1959, Saigon, Vietnam

John Maloof est fils et petit-fils de brocanteur. Il habite en face d’une salle des ventes. Il y cherchait de vieilles images de Chicago pour les besoins d’un livre. Mais il a jeté son dévolu sur un gros carton de négatifs, un fartas obtenu pour la somme de 380 dollars.
Son lot était bien plus gros qu’il l’imaginait. Il venait d’acquérir des centaines et des centaines de négatifs. Sur un papier, un nom : Vivian Maier. Son moteur de recherche ne le renseignant pas, il a quelque peu oublié cette histoire.
Puis, piqué par la curiosité, il a commencé à scanner quelques négatifs. Il ignorait à ce moment-là si le travail photographique était bon, mais il lui le trouvait beau. Intrigué, il dépouilla les documents en sa possession et se remit en quête de l’auteure. Google finit par lui annoncer qu’une femme du même nom était récemment décédée. 
Le voilà lancé sur les traces de la photographe, inconnue au bataillon, mais douée et prolifique. Qu’elle ne fut pas sa surprise en appelant le numéro mentionné sur l’avis de décès… La photographe était en fait la nounou.

De rencontre en rencontre, de cartons en garde-meuble, John Maloof amasse des milliers de négatifs, des pellicules noir et blanc encore et des rouleaux couleurs non développés. Le travail est considérable, la tâche titanesque, mais il veut aller jusqu’au bout. Il veut savoir qui était cette femme, immense, vêtue avec des chemises d’homme, un Rolleiflex toujours à portée de mains. 



Undated


Depuis 2007, le jeune homme mène donc l’enquête et se bat pour faire reconnaître l’oeuvre d’une vie. Si le public adhère, si les expositions font le tour du monde, les institutions sont plus rétives à reconnaître le talent de Vivian Maier. Pourtant, il y a chez la nounou photographe des résonances avec le travail de Lisette Model, de Diane Arbus, de Doisneau, de Robert Franck, de Weegee aussi à travers ses scènes nocturnes. Des échos qui l’inscrivent d’emblée parmi les grands noms de la photographie et notamment de la photographie de rue.
Toutes les images parlent d’elles-mêmes. Elles portent la tendresse, l’amour, l’absurdité et la violence du monde, elles interpellent, font sourire. En un mot, elles procurent des émotions. Or n’est-ce pas là la définition de la photographie ? Avec la lumière, faire vibrer les hommes ?

Au cinéma

L’histoire de Vivian Maier et celle de la découverte de son trésor photographique sont racontées dans le documentaire, A la recherche de Vivian Maier de Charlie Siskel et John Maloof. Une histoire géniale et un personnage paradoxal, totalement romanesques ! Cette passionnante enquête est actuellement en salle.

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Site web officiel : www.vivianmaier.com

Expos estivales
Du 3 au 26 juillet 2014
Les Douches La Galerie
5 rue Legouvé, 75010 Paris
www.lesdoucheslagalerie.com

Du 3 juillet au 2 août 2014
Galerie Frédéric Moisan
www.galerie-fmoisan.fr

Autoportrait, 1955 © Maloof Collection
New York, NY © Maloof Collection
1954. New York, NY © Maloof Collection
New York, NY © Maloof Collection
1959. Saigon, Vietnam © Maloof Collection
Undated © Maloof Collection


Anne-Laure Bovéron, muze

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