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Boyhood de Richard Linklater fait déjà beaucoup parlé de lui, ne serait-ce que par son dispositif cinématographique inédit. En effet, depuis 2002 le réalisateur filme chaque année, trois jours durant, un groupe d’acteurs. Il a reconstitué une famille, un couple séparé et leurs fille, Samantha, et leur fils Mason Junior. Le personnage de Mason Jr est au centre de l’histoire. Le comédien qui interprète ce rôle était âgé de 6 ans lors du premier tournage. Il a été filmé douze ans (c’est-à-dire le temps d’une scolarité américaine type), soit jusqu’à ses 18 ans. Boyhood, tourné en temps réel, est une entreprise ambitieuse et risquée, mais surtout un pari réussi.

 

Bande-annonce

 

Avec Boyhood, le cinéaste pousse les portes d’une famille. Il montre ses déchirements, ses reconstructions, ses échecs et son lot de bonheurs, comme évidemment, le diplôme des enfants. En un peu moins de trois heures, Richard Linklater parvient à tracer avec cohérence, malgré les inévitables ellipses, une part conséquente d’un parcours de vie, tantôt à trois, à six, à quatre et à tracer la psychologie des personnages. « Boyhood est un peu le fruit de toutes mes réflexions sur le temps et la manière dont on peut, dans un film, en faire un outil de narration. J’avais en tête de raconter l’histoire d’une enfance, vraiment toute la traversée de l’enfance. » explique le réalisateur à Télérama.

 

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Les événements que traversent cette famille n’ont rien d’extraordinaires. Il n’y a pas d’autres aventures que celle de l’esitence. ici elles prennent la forme d’un déménagement, d’amitiés, de re-mariages, de naissances, des études, des choix d’orientation, de l’affirmation de soi, de la relation aux siens… Le sujet est intarissable. De cette apparente simplicité du scénario naissent des éléments à fortes résonances. Le tout passe essentiellement par le prisme des sentiments de Mason Jr. Il se livre davantage et c’est à travers son regard que le spectateur saisit les enchaînements temporels. Il est aussi la source première des émotions sobrement dévoilées. Mason Jr est un enfant en retrait. Rêveur, assez silencieux et plus sensible, il devient un jeune homme à l’écoute mais profondément travaillé par des doutes existentiels. Il cherche sa place. Il cherche le sens et l’intérêt de tout ça.

 

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Cependant, les rôles de chacun sont bien délimités. Olivia, la mère courage, élève quasiment seule ses enfants. Elle peine à garder la tête hors de l’eau et décide de reprendre ses études pour toucher du doigt la vie dont elle rêvait, pour offrir mieux aux siens. Elle prend ses deux enfants sous le bras, direction Houston. Là, ils mèneront une autre vie, soutenue par la grand-mère. Olivia gère le quotidien, l’éducation des petits. Elle tente de les mettre à l’abri. Au fil des ans, elle rencontre des hommes qu’elle imagine aptes à assurer leur avenir et la stabilité de son foyer… Le père, Mason Sr., travaille en Alaska lors de leur départ pour le Texas.  A son retour, un an et demi plus tard, il retrouve ses enfants à Houston et incarne le père idéal : celui qui égaie les week-ends mais sait aussi instaurer une relation de confiance et un dialogue. Son fils espère qu’il reviendra à la maison, mais lui semble moins sûr de séduire à nouveau sa mère. Il reconstruit lui aussi sa vie avec une autre femme. Samantha, la fille aînée, est une enfant turbulente et manipulatrice, qui aime attirer toute l’attention, soit par ses A+ en classe soit par sa simple présence. Elle écrase un peu son petit frère et parfois, enfant, s’en amuse. mais comme lui, elle rêve de liberté.

 

Mason Jr (Ellar Coltrane) au fil des tournages

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Outre ce parcours au côté de la famille, Boyhood propose une plongée dans l’enfance, dans la construction de l’identité, dans le sentiment de quitter l’enfance sans être vraiment adulte. Le film est à ce titre très intime même s’il est peu explicatif, peu disert. L’âge adulte s’entrevoit à travers Mason Jr, et existe à travers le rôle de parents. Le vieillissement des deux personnages des parents semblent presque plus subtil que la transformation du garçonnet en homme, il est pourtant visible.
En n’étant pas centré sur un âge de la vie mais en balayant douze ans de vie, le film dessine une progression. Les étapes sont identifiables, les bonheurs et les difficultés liés à ses avancées le sont aussi. Avec Mason Jr le spectateur revit son enfance, son adolescence et ses premiers pas d’adulte. Il revit l’excitation et la terreur des pas dans le vide qu’imposent la vie, les courses vivifiantes vers une liberté nouvelle et tous les possibles. Avec Olivia, le spectateur (ou plutôt la spectatrice) revit ses questionnements en tant que femme, en tant que mère, les peurs du nid vide. Avec Mason Sr, toutes les interrogations d’un père qui ne voit ses enfants que de courts laps de temps, un week-end sur deux, quelques semaines durant les vacances, resurgissent.
Boyhood est un film magnifique et dense qu’il ne faut surtout pas manquer cet été !

 

Boyhood de Richard Linklater
Avec Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Ethan Hawke, Lorelei Linklater
Actuellement en salles

Photos : © 2014 BOYHOOD INC.IFC PRODUCTIONS I, L.L.C. ALL RIGHTS RESERVED
et Universal Pictures
Anne-Laure Bovéron, Muze

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