rentree littéraire 2014 muze

 

Cette année, entre la mi-août et octobre, 607 romans envahiront les étals de vos librairies. Cette rentrée littéraire se compose de 404 romans français dont 75 premiers romans et 203 romans étrangers. Voici une sélection (en plusieurs billets) de coups de coeur de la rentrée littéraire.

 

Olivier Adam, Peine perdue
Côte d’Azur, hors saison. Antoine est un enfant du pays dont la renommée le précède. On dit de lui qu’il a de l’or dans les pieds. On dit aussi de lui que son incapacité à contenir sa violence l’a empêché d’évoluer et de devenir le dieu des stades de football. D’ailleurs, une fois de plus, il vient de commettre un faux pas en donnant un coup de boule à un adversaire lors d’un match. Il est privé de jeu, il va manquer un match d’une grande importance pour son club. Il oublie ce revers en courant jusqu’à perdre haleine. Lors de ses footings, il oublie aussi le départ de celle qu’il a tant aimé, l’absence de son fils, Nino, sa vie au camping à effectuer des tâches sans intérêt…
Alors qu’il repeint les bungalows du camping avant l’arrivée des touristes, Antoine est attaqué à coups de battes de baseball. Il est laissé pour mort sur le parvis de l’hôpital par un sauveur inconnu. Au même moment, un coup de mer ravage le littoral. Dans sa furie, la Méditerranée emporte les terrasses bancales et les imprudents. Dans ce chaos, des familles sont décimées, des entreprises ravagées, des hommes disparaissent et des jeunes femmes perdent mots et raison.
Dans ce roman l’écriture d’Olivier Adam prend une forme nouvelle. En effet, l’auteur ne se concentre plus sur un personnage central mais ouvre la narration à vingt deux voix, chacune étant au coeur d’un chapitre dédié. Antoine, dont les mésaventures constituent en partie le fil rouge, est au centre du premier chapitre. Ce personnage sanguin, paumé mais aimant, referme également la valse en fin de roman.
Peine perdue est extraordinaire de maîtrise. Chaque histoire s’imbriquent, se répond, se complète avec finesse. Si la multitude des personnages densifie les propos, Olivier Adam n’a rien perdu de son don pour tracer la psychologie de ses personnages (même de ceux loin a priori loin de ses personnages de prédilection comme le dénommé Perez) et pour rendre compte d’une communauté relativement invisible. Bien ancré dans notre époque, ce roman est une fois encore une peinture sociale et politique de la classe moyenne. Une vision qui fait la part belle à l’humain, à ses sentiments, à ses pertes mais aussi à sa force. Ces vingt deux personnages se débattent dans un quotidien qu’ils estiment écrit d’avance et tant bien que mal, poursuivent leur route. Malgré cette peine perdue, ils tentent de vivre du mieux qu’ils le peuvent. Un roman remarquable.

Olivier Adam, Peine perdue
Aux éditions Flammarion, 416 pages, 21,50€
En librairie le 20 août 2014

 

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David Foenkinos, Charlotte
David Foenkinos a délaissé ses traits d’humour pour se pencher sur la vie romanesque et tragique de l’artiste Charlotte Salomon (Berlin 1917 – Auschwitz 1943). Cette peintre est morte à 26 ans alors qu’elle était enceinte, a laissé derrière elle une oeuvre autobiographique remarquable mais méconnue.
Alors que les nazis prennent le pouvoir en Allemagne, Charlotte Salomon se bat pour rester en vie dans une famille frappée par le malheur : ses membres perdent la raison et se suicident à tour de bras. Elle se bat pour développer son art, pour entrer aux Beaux-Arts, pour vivre l’amour… Elle fuit la malédiction à travers la création.
Le projet de ce livre hantait l’auteur depuis longtemps, mais il peinait à trouver la forme adéquate pour rendre compte de la vie de cette femme et rendre hommage à son travail. Dans Charlotte, David Foenkinos fait état de son obsession (présente dans ces précédentes publications), de ses recherches, de ses rencontres, de ses voyages sur les traces de Charlotte, de ses difficultés à écrire ce roman aussi. Il évoque aussi la raison de son choix narratif. Il a en effet choisit un motif original  : une phrase, un retour à la ligne, une phrase, un retour à la ligne. Par ce dispositif, l’intensité du roman est amplifiée. Chaque phrase martèle une pensée, une idée, un sentiment. Chaque phrase assène. Chaque phrase devient musique. Chaque point est une reprise de souffle. Chaque point est une sentence. Chaque point est une inexorable avancée vers un destin tragique.
De ce texte en apparence brute émane une force de vie, celle de Charlotte Salomon, une force d’écriture, celle de David Foenkinos. Ce portrait romancé de l’artiste laisse une marque indélébile et l’envie folle de découvrir l’oeuvre de Charlotte Salomon, Vie ? ou Théâtre ?.

David Foenkinos, Charlotte
Aux éditions Gallimard
En librairie le 21 août 2014
224 pages, 18,50€
Pour lire les premières pages du roman cliquez ici.

 

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Amélie Nothomb, Pétronille
Amélie Nothomb, fidèle au rendez-vous de la rentrée littéraire, revient avec un roman intitulé Pétronille. Dans cet ouvrage, la romancière belge décortique les fondations de l’amitié, les obscures inclinaisons qui sans cesse poussent les uns auprès des autres. Et avec Pétronille, la narratrice, Amélie Nothomb, a du courage et de la patience !
En 1997, Pétronille Fanto est une lectrice de la narratrice. Elle se présente un jour à une dédicace et remet en place un photographe mal élevé. Sans le savoir, elle tisse ainsi les prémisses d’une indéfectible amitié. Une amitié qui sera, comme il se doit, scellée autour d’une coupe de champagne. La narratrice, en quête d’un un compagnon ou d’une compagne de beuverie, voit en Pétronille une alliée de son envergure. Mais elles se perdent de vue…
En 2001, Amélie Nothomb découvre en librairie un roman de Pétronille Fanto.  L’occasion pour elle de retrouver cette jeune femme au tempérament d’acier et de vivre avec elle de nouvelles aventures, tout en parlant littérature ! Mais si Pétronille est une jeune femme pétillante, fascinante, cultivée, elle sait aussi être terriblement agaçante, ouvertement égoïste, un rien bêcheuse et effrontée. Elle flirte parfois avec l’irrespect. Pourtant, la narratrice ne peut s’empêcher de la voir, de la convier à Londres à ses frais, de l’inviter à des réceptions pour jouir du plaisir sans fin de l’ivresse, avec du champagne de préférence… Pétronille est un être bourré de défauts, mais une amie idéale qui sait distraire de soi pour ouvrir sur le monde.
Cette amitié aux phases initiatiques rocambolesques et drôles pour le lecteur (un séjour à la montagne avec lutte contre les acariens, un dîner de Saint Sylvestre chez les parents communistes de Pétronille, une absence à durer indéterminée de Pétronille partie pour le désert en confiant un manuscrit à faire publier…) est l’occasion pour Amélie Nothomb d’esquisser la particularité de l’amitié. Pétronille, en arrivant à point nommé dans la vie de la narratrice, apporte une touche de fraîcheur et de folie, comble en partie un besoin indicible de la narratrice. Elle lui devient alors indispensable.

Amélie Nothomb, Pétronille
Aux éditions Albin Michel
En librairie le 21 août 2014
170 pages, 16,50€
Pour lire les premières pages du roman cliquez ici.

 

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Bilal Tanweer, Le monde n’a pas de fin
Ce roman est une ode à Karachi. La ville pakistanaise est connue pour sa violence mais l’auteur en dévoile une autre facette avec poésie et fantaisie.
« Tu as déjà vu l’impact d’une balle sur un pare-brise ? A partir du trou central s’étend une toile nette et précise saturée de minuscules cristaux. C’est une parfaite métaphore de mon monde, ma ville : disloquée, belle, née d’une violence inouïe. » écrit l’écrivain dans son incipit. Il convie le lecteur dans la toile tentaculaire de Karachi, en son coeur-même, dans ses ruelles et ses artères embouteillées, sur son front de mer. A travers différents personnages : un père et son fils en partance pour la plage, des adolescents faisant l’école buissonnière, un couple d’amoureux, un vieux poète communiste, un artiste exubérant, un gang de voleurs, un ambulancier, il dessine les mille visages de sa ville, cachés sous la poussière des explosions des bombes.
Un roman puissant pour rendre hommage à Karachi et à ses habitants, qui, malgré la violence qu’ils subissent, tentent chaque jour de jouir de la vie.

Bilal Tanweer, Le monde n’a pas de fin
Aux éditions Stock
En librairie le 20 août 2014
216 pages, 19€
Pour lire les premières pages du roman cliquez ici.

 

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Photo : Yulia Popkova
Anne-Laure Bovéron, muze

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