rentree littéraire 2014 muze 3

D’autres coups de coeur de cette rentrée littéraire 2014 !

 

Catherine Cusset, Une éducation catholique
Catherine Cusset poursuit l’exploration de l’univers de Marie, la narratrice de La Haine de la famille et d’Un brillant avenir. Elle se penche cette fois sur son éducation religieuse.
Marie grandit dans la ferveur catholique. A l’image de son père, elle nourrit sa foi en se rendant à la messe tous les dimanches, en suivant des cours de catéchisme, en effectuant sa communion et sa profession de foi. Elle ne comprend pas qu’on ne puisse pas croire en Dieu. Sa mère, pourtant, est athée.
Cette éducation et cette culture religieuse marque son caractère, sa personnalité, et modèle en partie ses réactions en famille et en société. Elle travaille aussi plus souterrainement son éducation sentimentale, ses relations amicales et bientôt sa sexualité. A l’adolescence, à l’heure des premières amitiés choisies, des premières découvertes, des libertés arrachées et de la naissance des émois, Dieu vacille sous les yeux de Marie. Elle ne croit plus. En tout cas, plus comme avant, plus comme son père. Elle s’est trouvée d’autres dieux. Des dieux du verbe, des dieux dont l’amour la crucifie et la sanctifie à la fois.
Un roman fort sur le cheminement d’un foi, mais surtout sur le parcours d’une enfance innocente aux premiers heurts amoureux. Marie se révèle, cette fois encore, une héroïne des plus attachantes, malgré ses petites vilénies. L’écriture, précise, sensible, sûre et extrêmement juste de Catherine Cusset est un perpétuel ravissement.

Catherine Cusset, Une éducation catholique
Editions Gallimard, 144 pages, 15,90€
En librairie le 21 août 2014
Pour lire les premières pages cliquez ici.

product_9782070146420_195x320

Alma Brami, J’aurais dû apporter des fleurs
Gérault rencontre Jean-Yves, un ancien ami perdu de vue des années. Celui-ci l’invite à dîner chez lui. Ainsi commence la double vie de Gérault. Son éducation et le poids des convenances l’empêchent de dire tout haut ce qu’il pense tout bas, pourtant, dans sa tête, sévit un véritable déferlement. Des vagues de colère, de rancœur ou d’aigreur parfois, masquent un espoir fou et des incapacités handicapantes. Face au couple Jean-Yves / Greta, lui, l’homme célibataire de 50 ans, récemment au chômage, qui n’ayant su qu’apporter au dîner a préféré venir les mains vides, il bouillonne, fulmine. Trop de mièvrerie, trop de démonstrations de bonheur, de réussite, de générosité. Gérault se contient. Il se retient. Il enverrait bien tout promener, ce vieil ami qui l’exaspère comme son neveu qui, un rien forcé, lui offre un emploi dans son épicerie. Lui, appelé seulement par son nom de famille, 50 ans, face à ce jeune con, s’en est trop. Et pourtant, Gérault se tait encore. Il acquiesce, s’enthousiasme, s’applique. Ces sentiments feints le rongent, malgré tout.
La vie de Gérault ressemble à un calvaire. Cet homme qui ne dit jamais ce qu’il pense et se sent toujours menacé, agressé, maltraité, ne trouve guère le repos. Ses amis ne le comprennent pas ou le dépassent avec leurs enfants, la femme qui s’intéresse à lui le dégoûte, sa mère le culpabilise en trois mots… Le cercle vicieux l’étouffe. Mais un cadeau inattendu le surprend un soir, alors qu’une fois de plus, il ne pense qu’à s’enfuir.
Avec J’aurais dû apporter des fleurs, Alma Brami dresse le portrait d’un homme terriblement attachant, malmené par sa propre violence et pourtant plein d’espoir d’une autre vie. De son écriture fleurie et imaginative, avec la répartie de son personnage, ainsi que ses remarques acerbes et parfois bien senties sur la société et les êtres humains, la jeune romancière signe un roman drôle et touchant. J’aurais dû apporter des fleurs se déguste comme une gourmandise.

Alma Brami, J’aurais dû apporter des fleurs
Editions Mercure de France, 160 pages, 15,80€
En librairie le 21 août 2014

livre_affiche_2271

 

Serge Joncour, L’écrivain national
Un romancier, Serge Joncour, est invité dans le centre de la France, à Donzières, pour une résidence d’écrivain d’un mois. Très attendu par les libraires, par le maire qui le surnomme l’écrivain national, par les habitants qui assisteront à son atelier d’écriture, par les élèves des lycées agricoles environnants, l’auteur tente dans un premier temps de s’acclimater à ce singulier univers rural. Très vite, il sent sur lui le poids des regards et l’atmosphère particulière des villages où les quelques âmes se connaissent, se soutiennent et, l’air de rien, se surveillent.
Pour ne rien arranger, un fait divers agite la communauté. Commodore, une figure locale incontournable, un vieil homme réputé pour sa richesse, a disparu. Ses deux voisins, récemment installés, sont soupçonnés. Aurelik est en garde à vue. Sa femme, Dora, est restée dans leur maison, face à celle du disparu. L’écrivain tombe sous le charme de cette femme en découvrant son portrait dans le journal local. Son attirance pour elle referme sur lui les griffes du fait divers. Alors qu’il suit les informations officielles délivrées par la presse et les colportages des habitants, il devient lui-même l’objet des rumeurs. Furetant trop près du repère de Commodore, d’Aurélik et de Dora, il inscrit son nom sur la potentielle liste des suspects. Les villageois l’épient, commentent ses allers et venues, l’interrogent. L’auteur devient un acteur. Il se mouille jusqu’au cou…
Avec L’écrivain national, Serge Joncour plonge ses lecteurs dans l’envers des fais divers, une des matières de l’écriture romanesque. Il dévoile les coulisses des réflexions des écrivains qui digèrent ces événements, souvent sombres ou macabres, pour en tirer l’essence d’un roman, d’une nouvelle ou les traits d’un futur personnage. En suivant le narrateur, on entre dans les méandres de la création littéraire. Un roman délicieux dans lequel on se perd comme dans une forêt merveilleuse et inquiétante.

Serge Joncour, L’écrivain national
Editions Flammarion, 400 pages, 21€
En librairie le 27 août 2014

9782081249158

Oriane Jeancourt-Galignani, L’audience
Au Texas, un fait divers a défrayé la chronique : Deborah Aunus, mariée à un militaire, mère de trois enfants, professeure de mathématiques, a entretenu des relations sexuelles avec quatre jeunes hommes. Une vidéo en atteste. Steeve, Stephen, David et Quentin étaient tous majeurs, et tous ses élèves. Bien que cela ne soit plus un crime depuis plusieurs années au Texas, la cour et les débats s’enflamment. Les protagonistes de ce procès, mais aussi le mari et la mère de l’accusée, se succèdent à la barre. Deborah Aunus se tait, obstinément. Une tactique de défense comme une autre, mais qui donne libre court aux interprétations. Que craint-elle ? Quels secrets, bien plus pesants, dissimulent son silence ?
Oriane Jeancourt-Galignani donne de la voix à cette femme et ouvre les portes de son jardin secret. Dans une langue à vif et au cordeau, l’auteure consigne les confessions des jeunes amants et de Debbie. Chaque jour du procès donne lieu à un chapitre, mais le roman fait sauter les verrous de la maison du couple Aunus. Il revient sur le déroulement des rencontres, des rendez-vous, des jeux sexuels de l’enseignante et de ses élèves, de la femme et du mari et tente de cerner la personnalité de l’accusée. Sous l’œil des médias, dans les échos des jugements d’une Amérique ultra-puritaine, la romancière narre la chute d’une femme.

Oriane Jeancourt-Galignani, L’audience
Editions Albin Michel, 304 pages, 19€
En librairie le 21 août 2014
Pour lire les premières pages cliquez ici.

9782226258304m

Anne-Laure Bovéron, muze

Follow

Get every new post on this blog delivered to your Inbox.

Join other followers: