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De nouveaux coups de coeur de la rentrée littéraire 2014 !

 

Nathalie Kuperman, La loi sauvage
Sophie est une mère célibataire certes fragile mais relativement stable. Elle élève seule Camille à Paris, écrit des modes d’emploi pour des appareils électroménagers et mène sa barque tranquillement. Jusqu’au jour où la maîtresse de sa fille, tant appréciée des autres parents d’élèves et de la direction de l’école, lui lance « Votre fille, c’est une catastrophe ! ». Obligée de patienter plusieurs jours pour s’entretenir avec l’enseignante et connaître la raison d’une telle déclaration, Sophie perd pied. Lui revient de plein fouet le souvenir d’une autre catastrophe intime, qui, bien que lointaine, la déstabilise jusque dans son travail et son rôle de mère. Face à elle, Camille fait malgré elle office de garde-fou et de repères. Tant bien que mal, Sophie affronte la loi sauvage, celle qui laisse à terre, en proie à un souvenir et quelques mots qui n’ont jamais pu se frayer un chemin vers l’oubli.
Dans ce nouveau roman Nathalie Kuperman laisse libre cours à sa plume, à son univers et c’est un régal de douceur et de fantaisie, de splendeurs et de décadence, de virulences et d’éclats !  La romancière donne corps à son texte par des tournures, des métaphores et des situations originales, parfois complètement inattendues ou loufoques, mais tellement goûteuses. Un roman à fleur de peau autant qu’à vif, délicieux.

Nathalie Kuperman, La loi sauvage
Editions Gallimard, 208 pages, 17,90€
En librairie le 21 août 2014
Pour lire les premières pages cliquez ici

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Minh Tran Huy, Voyageur malgré lui

Line est de passage à New-York. Dans un musée, elle découvre des œuvres faisant référence à Albert Dadas. Ce français souffrait de tourisme pathologique : il lui était impossible de s’installer quelque part. A ses risques et périls, il a sillonné la France, puis l’Europe. Un médecin a étudié ses fuites impromptues durant vingt ans.
Les errances d’Albert Dadas convoquent chez Line d’autres errances. Il y a celle de l’athlète somalienne Samia Yusuf Omar mais surtout celles de ses proches (qu’elle n’a pas bien ou pas connus) et dont les souvenirs hantent son père. Du cousin Thinh à la cousine Hoai ayant quitté le Vietnam malgré eux, Line navigue d’un exil à l’autre, d’une disparition à l’autre, d’une folie à l’autre. Son discret père s’ouvre peu à peu et lui confie les parcours de ces êtres. Elle découvre ainsi les origines de son prénom et de celui de sa soeur. Le travail de mémoire qui habite Line se nourrit de la voix inattendue de son père, mais aussi des relectures de ses silences et de ses non-dits.
Espérés ou cauchemardesques, attendus ou subis, ces périples tracent bien plus que des déambulations. Ils creusent des chemins de vie. Ceux de ses aïeux ont eu des incidences sur les vies futures des membres de la famille de Line. Alors que la narratrice enjambe les frontières, les mers sans heurts, sans même y penser, elle n’oublie rien des combats de ces migrants.
Minh Tran Huy offre avec Voyageur malgré lui une galerie de portraits sensible et variée, dont les échos se répondent avec justesse jusque dans la vie calme et organisée de Line. Des allers aux retours, les deux chapitres du roman, la romancière tisse des réflexions intemporelles, entre actualités internationales et questionnements familiaux. Voyageur malgré lui est un doux hommage aux déracinés.

Minh Tran Huy, Voyageur malgré lui
Editions Flammarion, 228 pages, 18€
En librairie le 20 août 2014

 

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Taiye Selasi, Le ravissement des innocents

Mari de Folasade, père de quatre enfants, Olu, Taiwo, Kehinde et Sadie, le chirurgien émérite Kweku Sai perd son emploi. Incapable d’affronter cette situation, il choisir le silence et la fuite. Il laisse derrière lui sa famille et sème désarroi, colère et incompréhension. Sans la pierre angulaire paternelle, la famille éclate. Dispersée, elle se rassemble par l’entremise d’une autre blessure, des années plus tard : la mort de Kweku, pieds nus dans son jardin alors que l’aube se lève. Cette scène première irrigue les 400 pages de ce premier roman choral.
Des USA à l’Afrique, en passant par l’Europe, sur les mers agitées du quotidien, dans les remous des migrations où l’identité se nourrit et s’effrite en même temps, les membres de cette famille se débattent. Chaque personnage se construit indépendamment et conjointement aux siens. L’espoir, cependant, n’est jamais loin.
La jeune romancière pénètre au coeur d’une famille abîmée, tiraillée. Elle dresse avec une justesse déconcertante la personnalité, les expériences et heurts de ses personnages. Dans une langue poétique, vibrante, en alerte et capable de restituer les moindres frissons des émotions de chaque personnage, Taiye Selasi emporte et charme.

Extrait
« Comme sur un signal, ils dirigèrent tous le regard vers le manteau de cheminée, d’où la femme du portrait les toisait. […] Kehinde s’attendit presque à ce que la femme, mortellement blessée, se descelle du cadre et s’écroule sur le sol. Ou le souhaita en partie. Alors qu’il la contemplait, l’illusion inverse se produisit : l’éruption de la laideur. Il trouva la femme affreuse, d’une laideur incroyable ; il perçut que son visage serait à l’origine d’atrocités ; il la détesta, son apparence, son teint laiteux, il détesta cette femme, ni africaine ni blanche, qui n’appartenait à aucun Peuple, aucun passé qu’il connaissait, qui trônait sur le mur, pétrifiée par la mort, sculptée dans la glace, l’unique membre de leur famille auquel ils ressemblaient vaguement, cette beauté pâle, haïssable, retranchée dans du cuivre ouvragé. »

Taiye Selasi, Le ravissement des innocents
Editions Gallimard, 368 pages, 21,90€
premier roman traduit de l’anglais par Sylvie Schneiter
En librairie le 04 septembre 2014
Pour lire les premières pages cliquez ici.

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Anne-Laure Bovéron, muze

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