phoenix Christian Petzold

Pour la cinquième fois Nina Hoss (dans le rôle de Nelly) et le réalisateur Christian Petzold unissent leur talent et proposent un film spectral, entre entre deux époques, deux temps, deux vies. La rupture qui marque l’avant et l’après n’est autre que l’Holocauste.

Nelly est une survivante des camps de concentration. Toute sa famille a péri. Des croix, comme des auréoles, supplantent leur visage sur les rares photographies restantes. Elle rentre défigurée, épuisée, esseulée et silencieuse.
Son amie, Lene, veille sur elle. Elle trouve la clinique capable de lui redonner visage humain. Employée de l’Agence Juive, elle enquête sur les proches qui n’ont pas donné de nouvelles après l’ouverture des camps, elle prend en charge le suivi de l’héritage de Nelly, elle trouve un appartement à Haïfa. Lene ne veut pas pardonner, pas oublier, mais aller de l’avant en mémoire des disparus. Nelly, hébétée, convalescente, peine à formuler de tels projets. Il n’y a nulle hystérie chez elle, mais au contraire, une volonté tue qui ne supporterait pas les supplications. Dans l’immédiat, un but la tient debout : retrouver son mari. Mais Lene ne lui est guère d’un grand secours. Elle lui assène qu’elle ne se soucie pas des traites.
Nelly quitte la maison la nuit, en catimini, pour écumer les clubs dans le quartier américain de la ville. Son mari est pianiste, il a peut-être obtenu la permission de jouer. Silhouette frêle, longeant les murs abritée sous la voilette de son chapeau, tanguant dans les décombres des maisons bombardées, trottinant tant bien que mal derrière une ombre, elle finit par revoir son mari. Mais la chirurgie que Nelly a subi a modifié son apparence. Il ne la reconnait pas. Nelly meurt une seconde fois, son enveloppe de fantôme s’éclaircit un peu plus. Transparente, elle ne peut se raccrocher à rien. Mais alors qu’elle revient le voir, de loin, sur son lieu de travail, il lui offre une opportunité qu’elle saisit. Un pari fou, malsain, qui pourrait bien abimer davantage la survivante de l’horreur.
Comme dans le précédent film de Petzold, Barbara, que nous avions beaucoup aimé, Nina Hoss renverse. L’actrice incarne chaque hésitation, chaque tremblement de lèvres, chaque silence de son personnage avec une force et une justesse incroyables. Elle porte haut et avec dignité ce personnage en quête d’elle-même, en quête de sa vie perdue, de sa force volée. Dans ce film de revenants, le réalisateur sublime le personnage de Nelly par la qualité de ses plans, de ses lumières, par ses jeux avec les ombres et les révélations qu’elles permettent.
Phoenix est un film bouleversant, où le silence est si habité, où les regards sont si perçants que cette histoire d’amour et de quête de soi atteint ceux qui, suspendus de plans en plans, craignent pour l’avenir de Nelly. Comme elle, le spectateur veut croire que le passé peut renaître après l’horreur, que l’identité mutilée peut être sublimée sous les mains de l’être aimé, qu’une fois que l’on s’est perdu on ne peut que se retrouver. Le chemin est plein d’obstacles. Ils sont ici interprétés et filmés avec une grande délicatesse. Les morsures de l’immédiate après-guerre le sont aussi. Comme Nelly, le spectateur doute.

Bande annonce

Anne-Laure Bovéron, Muze

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