diane dans le miroir

 

La photographe et écrivain Sandrine Roudeix publie, aux éditions Mercure de France, un roman autour d’une photographe de renom, Diane Arbus. (Nous lui avions consacré un article lors de la rétrospective du Jeu de Paume).

Diane Arbus est une photographe aujourd’hui saluée, mais elle a dû trouver sa place dans la photographie. Elle a également dû oser et s’affirmer. Fille de, épouse de, mère, divorcée, attirée par des expériences photographiques qui lui ont valu les moqueries et les insultes, elle était dotée d’une personnalité aussi forte que fragile.

 

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Dans Diane dans le miroir, Sandrine Roudeix reconstruit, entre éléments biographiques avérés et ajouts fictionnels, une tentative d’autoportrait de l’artiste, une nuit d’été 1971. Cette nuit-là, Diane, 48 ans, se débat avec la fillette qui squatte sa tête, lui assène doutes et sombres pensées. Blottie dans la moiteur de sa salle de bain, cherchant la fraîcheur et la bonne image, elle tourne en rond. Chaque étape de la construction de son image la renvoie à une pensée : son mari tant aimée, devenu son ex-mari, son amant lointain, les membres de sa famille, ses filles, mais aussi la photographie et ce qu’elle signifie pour elle, ses premières commandes de reportages pour la presse, ses expositions… Mais elle revient toujours au désir qui l’habite à cet instant, mettre en scène l’image parfaite, tirer de son autoportrait une vérité, sans masque ni maquillage. Elle en précise les intentions, le cadrage, l’intensité du grain, le décor, la quête. Elle tâtonne. Le trépied bouge, l’immeuble accueille de tardifs visiteurs, un vêtement mord le cadre, une sirène hurle… La nuit court vers l’aube, et Diane tente encore et encore de composer son image et de la réaliser, la poire de déclenchement à portée de main.

La double casquette de l’auteure offre au roman une dimension supplémentaire. Sandrine Roudeix décompose le geste et les intentions photographiques en experte. Elle les explique et les clarifie. Elle met en relief le travail de son personnage et même son oeuvre. Ce livre est comme une plongée dans l’esprit de la photographe américaine, où les pensées sautent d’une idée à l’autre, d’une envie à une émotion. Le fil semble parfois rompu tant Diane Arbus court après ses idées, tant la voix qui la critique l’interrompt. Mais elle n’en est que plus humaine, plus vivante.

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Extrait
« Ne m’interrompt pas, s’il te plait. Ecoute. Ecoute comment je patiente en laissant couler les grains et les mots dans le sablier. Ecoute comment je me colle serrée engagée aux gens que je photographie. Comment je plonge pieds et têtes liés avec eux dans l’image.
Je les prends frontalement en me tenant bien droite comme un sergent de plomb face à eux. Pour les provoquer, mais aussi pour éprouver leur solitude et les efforts désespérés qu’ils déploient pour s’en débarrasser. Eux comme moi, on n’est pas différents. C’est cette lutte à armes égales que je veux montrer. Sans bienveillance, ça ne sert à rien. Me mesurer à eux. Me confronter.
Et les confondre pour les dévoiler tels qu’ils ne se sont jamais vus. »

 

Diane dans le miroir de Sandrine Roudeix
Déjà en librairie
Mercure de France, 208 pages, 16,80 €

Pour découvrir Diane Arbus
diane-arbus-photography.com

 

Photos : Diane Arbus à Central Park, New York City, en 1969 par Garry Winogrand
Diane Arbus à New York en 1965 par John Jonas Gruen/Getty Images
Anne-Laure Bovéron, muze

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