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Cette année, Livres Hebdo a comptabilisé 560 romans et recueils de nouvelles français et étrangers traduits pour la rentrée littéraire 2016. Ils seront publiés entre la mi-août et fin octobre. La rédaction de muze vous propose cette année une sélection de titres coups de coeur en dehors des sentiers battus. Voici une sélection de titres publiés les 17 et 18 août 2016.

Leonora Miano, Crépuscule du tourment

En creux de ce roman : un homme, Dio, né dans une famille nantie d’un pays côtier d’Afrique. Malgré toutes les attentes de sa famille, il a refusé de se marier, d’enfanter, comme pour échapper à une malédiction et a émigré chez les nordistes (Europe). Lorsqu’il revient, c’est avec, dans ses bagages, la femme de son meilleur ami, une caribéenne qu’il prétend vouloir épouser et son fils qu’il a adopté. Quatre femmes retracent leur relation à cet homme. Sa mère, fortunée mais de naissance presque inavouable, soucieuse des apparences et haïssant les femmes de son fils ; sa soeur, qui, pour échapper à toute forme de contrôle, a toujours fait semblant de rentrer dans le rang ;  la seule femme qu’il ait un jour aimé mais qu’il a fuie de peur de s’attacher et sa nouvelle compagne qui a vite été mise au ban de la famille et a tout compris de l’ostracisme qui la frappait. A travers ces récits, se dessine en filigrane un portrait très inhabituel de la femme africaine, la difficile affirmation de sa féminité face à une virilité souvent violente, une forme de honte empreinte de préjugés à l’égard du passé colonial et esclavagiste, une force surhumaine pour masquer ses chagrins et opposer au monde une dignité à toute épreuve.

Stéphanie Janicot, rédactrice en chef

Leonora Miano
Crépuscule du tourment
Grasset, 288 pages, 18 €
En librairie le 17 août 2016

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Valentine Goby, Un paquebot dans les arbres

Paul et Odile tiennent un café dans un village normand. Ils ont trois enfants, Annie, Mathilde et Jacques. Paulot est la figure locale. Tout le monde se presse dans son échoppe, notamment les soirs de bal, lorsqu’il sort son harmonica et électrise ses clients de son souffle. La vie de cette famille est faite de labeur, d’heures interminables de travail et de gaieté, légèreté, bonheur. Bientôt, Paulot tombe malade. Le diagnostique est sans appel : pleurésie. Il est envoyé au sanatorium d’Aincourt, un imposant bâtiment qui surnage aux milieu des arbres. On l’appelle le paquebot. Paulot absent, le café périclite, sa femme déprime, les clients et voisins se tiennent à distance, apeurés par la possibilité d’une tuberculose. Le mot se propage de maison en maison et pousse la famille de Paul Blanc dans la misère. Certes la sécurité sociale existe au début de ces années 1960, mais elle ne concerne que les salariés. Paulot et Odile n’ont aucune aide, aucune épargne. Mathilde, mineure, prend les choses en mains. Quand Paulot rechute, contaminant son épouse et l’entrainant avec lui dans les mailles du filet du paquebot. Épuisés, luttant contre la maladie, ils sombrent dans un autre monde, laissant leurs enfants livrés à eux-mêmes. Mathilde, l’enfant mal aimé par son père, en quête de reconnaissance, de regards, de tendresse paternelle assure, seule, l’avenir de la famille Blanc. Elle ne veut pas renoncer à l’espoir, tient ses parents hors de l’eau et veille sur son petit frère. Mais pour cette jeune fille, la charge n’est-elle pas trop lourde ?
Une fois de plus, Valentine Goby dresse le portrait d’une (jeune) femme au bord du précipice et narre son combat pour ne pas se laisser entraîner vers le fond. De roman en roman demeure chez Valentine Goby cette incroyable capacité à décrire un univers, une atmosphère, une émotion en une phrase. Son écriture enveloppe et transporte. Un régal.

Anne-Laure Bovéron, muze

Valentine Goby,
Un paquebot dans les arbres
Editions Actes Sud, 272 pages, 19,80€
En librairie le 17 août 2016

9782330066482

Véronique Ovaldé, Soyez imprudents les enfants
A 13 ans, Atanasia, s’ennuie. Jusqu’au jour où lors d’une sortie scolaire au musée elle tombe nez à nez avec une toile du peintre Roberto Diaz Uribe qui éveille en elle un sentiment confus mais vivace. Elle cherche à en savoir plus sur cet artiste mais ne parvient à découvrir qu’une seule chose tangible : il s’est retiré du monde et distille ses œuvres à la face de temps à autre. Cet homme est inaccessible. Peu à peu elle se détourne de l’artiste. A quinze ans, sa passion revient et elle reprend son enquête. L’été sa grand-mère et son père lui font de surprenantes révélations : Roberto Diaz Uribe est le cousin de son père. Il n’en faut pas davantage à Atanasia pour vouloir en savoir plus. Elle abandonne sa mère, son pays, s’installe à Paris, accumule les recherches, trouve un allié dans sa quête de Roberto Diaz Uribe , tente de déchiffrer les peintures de ce dernier tout en apprenant qui elle est.
Entre l’histoire d’Atanasia, celle de sa famille, les Bartolome, et celle de Roberto Diaz Uribe, V&ronique Ovaldé offre un roman initiatique à plusieurs niveaux. Le passé et le présent se mêlent, les chemins s’entrecroisent, les routes se prennent à l’envers pour retrouver le nord et le fin mot de l’histoire. La romancière joue avec les univers, le décor de Soyez imprudents les enfants est plus réaliste que ceux de ses précédents romans (ne serait-ce que parce que des villes réelles émaillent le récit, parce que le quotidien des personnages semble par leur actes ou leur profession plus plausibles) mais il demeure dans ce titre une pointe de magie, un pas de côté, une échappée dans un univers parallèle. Cela tient aussi à la plume de Véronique Ovaldé, à sa poésie et son regard sur le monde. Ne vous privez aps de ce voyage initiaque qui vient à bout des sombres secrets de famille.

Anne-Laure Bovéron, muze

Véronique Ovaldé,
Soyez imprudents les enfants
Flammarion, 352 pages, 20 €
En librairie le 17 août 2016

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Yasmine Ghata, J’ai longtemps eu peur de la nuit

Suzanne, qui anime des ateliers d’écriture dans une école, demande à ses élèves d’apporter un objet très personnel qui servira de support à un récit autobiographique. Arsène, adolescent rwandais, presque mutique, apporte la photo d’une valise et, pour la première fois, accepte de raconter son histoire, du jour où son père lui a donné la valise l’obligeant à quitter son village pour partir seul sur les routes à celui de son arrivée dans sa famille adoptive française. Le périple d’Arsène, sa famille massacrée, son lien viscéral à sa valise, entre en résonnance avec l’enfance de Suzanne et le deuil de son père prématurément disparu. Ce texte court et simple touche par sa justesse et sa délicatesse.

Stéphanie Janicot, rédactrice en chef

Yasmine Ghata,
J’ai longtemps eu peur de la nuit
Robert Laffont, 156 pages, 17 €
En librairie le 18 août 2016

9782221195666

Maëlle Guillaud, Lucie ou la vocation

Dépassée, humiliée en classe prépa, Lucie se laisse influencer par une amie très croyante et décide d’entrer dans les ordres. Rapidement, elle se rend compte que la discipline et l’isolement imposés vont être très difficiles à vivre : la mère supérieure est une manipulatrice qui tente de la briser. Au fil des années, on suit l’évolution de Lucie dans cet univers quasi carcéral, ses derniers liens qui se distendent avec sa mère et sa meilleure amie qui n’ont pas perdu espoir de la ramener à la vie séculière. Le récit est servi par une double narration, distancée lorsqu’il s’agit de Lucie, à la première personne lorsqu’il s’agit de l’amie de Lucie qui pose sur cette métamorphose un regard consterné. Comme Lucie, le lecteur se laisse piéger peu à peu dans cette ambiance angoissante.

Stéphanie Janicot, rédactrice en chef

Maëlle Guillaud
Lucie ou la vocation
Editions Héloïse d’Ormesson, 208 pages, 16 €
En librairie le 18 août 2016

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Catherine Cusset, L’autre qu’on adorait

Connait-on vraiment ceux que l’on a aimés ? Ceux dont on a parcouru le corps et écouté les secrets, suivi le quotidien, exposé les défauts et percé à jour les aspirations ? Thomas a 39 ans quand il met fin à ses jours. La narratrice, Catherine, qui a été son amante et son amie, retrace le fil de sa vie pour dessiner la complexité d’une existence, d’une personne, d’une personnalité. Des réussites aux leurres, des passions aux désaveux, de la dépression aux espoirs teintés d’arrogance, la narratrice ne cache rien, elle cherche, prend tous les chemins, même les plus intimes. Elle veut saisir une vie, une vie chère, pour ne pas trahir son ami disparu, pour ne pas laisser l’oubli prendre le pas sur une existence chérie et perdue, pour que l’uniformisation des souvenirs n’altère pas les nuances de l’âme de Thomas. Catherine Cusset de son écriture précise, cible, creuse, interroge et éclaire l’image sombre de Thomas. Un portrait puissant, troublant, sans concession, terriblement vivant.

Anne-Laure Bovéron, muze

Catherine Cusset,
L’autre qu’on adorait
Editions Gallimard, 304 pages, 20€
En librairie le 18 août 2016

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Imbolo Mbue, Voici venir les rêveurs

Jende a décroché un visa pour les USA. Il vit à New York avec Neni, sa femme qui entreprend des études de pharmacie, et leur fils. Il cherche du travail et de quoi vivre décemment, d’autant que sa famille restée au Cameroun n’hésite pas à lui demander de l’argent pour subvenir à leurs besoins et leurs imprévus. Mais Jende rêve de son avenir, un avenir étincelant. Il devient chauffeur privé et entre au service de Clark Edwards, un riche membre de Lehman Brothers. Pour Jende débute une nouvelle vie, plus rassurante financièrement, mais l’inquiétude demeure, car il n’a pas encore reçu sa green card, le sésame pour s’installer aux USA. Neni, bien moins angoissée que son mari, tente de le rassurer. Partagé entre ses propres préoccupations et la vie de ses employeurs, le couple tente de se construire. Mais les difficultés surviennent. Jende et Neni n’ont pas la même vision des choses et de ce qu’il convient de faire pour traverser les tempêtes. Ils n’ont plus les mêmes envies non plus… Au cœur de New York, deux couples que tout oppose tanguent. Un premier roman passionnant qui explore aussi bien la situation, le parcours et les rêves des immigrants qui rejoignent les USA que les fêlures intimes, les doutes, la vie de couple. Voici venir les rêveurs vous happe avec une facilité déconcertante. Pour votre plus grand plaisir !

Anne-Laure Bovéron, muze

Imbolo Mbue
Voici venir les rêveurs
Editions Belfond, trad. de l’anglais (Cameroun) par Sarah Tardy, 300 pages, 14,99€
En librairie le 18 août 2016

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Rendez-vous le 24 août pour une nouvelle sélection…

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